La jeunesse, la fierté, l'héroïsme, la solitude, l'orgueil, l'insolence, voici des défauts qui se portent les cheveux au vent, droit, face aux dangers.
Tableau de Boris Beside "The Baltic at Merekule" - 1910
Si a quarante ans tu n’as pas imaginé une nouvelle civilisation justifiée par un absolu, tu as raté ta vie. Mais l’homme, tout préoccupé de lui, est souvent ridicule dans son imagination : une Rolex lui suffit !
Rien n’est beau comme une singularité, même un infime détail qui s’affiche avec orgueil différemment des autres. C’est une certaine forme de résistance, une manière souveraine de s’affirmer. C’est le panache de Cyrano, la crane téméraire du légionnaire, la dague glissée dans le bas d’une femme.
L’angoisse d’exister, voilà ce qu’a créé le monde moderne pour la jeunesse ! Et il s’est évertué à détruire tout refuge possible contre ce mal du siècle ; de la cathédrale à la famille, des valeurs à l’esthétique, du zinc des amis aux forêts sauvages. Rien n’échappe à sa furie barbare. Les témoins du passé - hommes, mots, vertus, œuvres - sont écartés, purgés, dénoncés, assassinés par les nouveaux prêtres exaltés du progressisme, enivrés de leur image, rongés de haine. Dans ce nouvel ordre rigide, nous glisserons le romanesque, la rêverie… nous y glisserons la fantaisie, nous lèverons l’excommunication de l’amour fidèle. Nous reviendrons conquérir notre monde par les chemins buissonniers.