Art

La révolte Art déco aura été probablement le dernier sursaut européen de légende, de grandeur, de mystère et d’esthétisme.
Ce fichu désert culturel - Postmodernité
L’hédonisme postmoderne ! Oh pas celui d’Aristote, ou d’Epicure ! Non ! Celui de l’apparence, du règne sans partage de l’image, de l’exhibitionnisme de l’intimité, des déviants encensés, des collectifs aux intérêts miniaturisés ou de la télévision. Voilà ce qu’on propose comme culture ? La postmodernité … cette fabrique d’écervelés ! Sans pensée, pas de préliminaire, pas d’après, comme des bêtes cette recherche du coït immédiat. Cette chose immonde, gluante ou tout est culturel, où tout se vaut, n’importe quoi est culture : le sexe, le loto, les gadgets, la publicité, la mode, le maquillage, les colonnes de Buren, le piercing, les jeux vidéo … M’intéresse pas ce structuralisme ethnologique élevant les pissotières de Duchamp au rang de forme différente de la culture. Il n'y a plus ni vérité, ni mensonge, ni stéréotypes, ni invention, ni beauté ni laideur, mais une palette sèche, neutre, étriquée et épuisée. Faudra m’expulser toutes ces couilles molles et leurs égéries dans un désert quelconque voir quelle civilisation ils sont capables de commettre après avoir tué le père. Nous, on pourra de nouveau cultiver notre lopin de tradition avec des coups de folie qu’on nomme modernité.
Qu’offre-t-on à notre admiration ?

Qu’offre-t-on à notre admiration ? Une brune avec des yeux où tout homme aperçoit un lit défait là où nous désirions l’exemplum antique de Lucretia. Je condamne l'insupportable supplice de la médiocrité tout autant que le suicide de la morale.

Tous prônent l'exaltation dans la déchéance, dans la profusion sexuelle, au nom d'une liberté violée et profanée. Je revendique l'ivresse de la grandeur, celle que l'on connaît dans la relation avec une femme ardente, une femme unique.
Le communisme a politisé l’art là où le fascisme l’a esthétisé, et le peuple fut le spectateur admiratif de ces deux derniers mouvements romantiques d’avant-garde. Dire que le peuple ne peut-être tenu responsable de cette fascination, c’est admettre toute l’inconvenance de la démocratie. Le peuple ne peut avoir raison ou tort selon qu’il serve ou pas les desseins que l’on porte. Il a toujours tort ou toujours raison, les barricades n’ont que deux côtés. Il faut être l’écume du peuple pour échapper à ces contradictions ; je veux dire au dessus, dans un sens baroque et aristocratique.
Le romantisme pousse toujours sur les champs de ruines : les châteaux effondrés de la monarchie, les colonies perdues de l’empire, les statues décapitées de Praxitèle et les reniements de la république. Le romantisme est un sentiment de vaincu, un goût de mort dans la bouche de la jeunesse. Je crois que son seul bienfait est l’éloquence qui le porte, coquetterie lugubre aux frémissements terribles des chants de morts.
L’intuition est un sens qu’il faut écouter, c’est l’instinct qui remonte.
Attiré par le Grand reportage / style de l’urgence / des idées en maraude / relation entre littérature et reportage / idée de confrérie y compris dans son acception religieuse, une élite / l’épreuve du feu / paquebot, avion, voiture, vitesse / ou un poste consulaire dans une contrée reculée ! C'est grave quand cela prend, ces désirs là. S’imaginer guetteur aux confins du monde ou avant-garde, là où l’empreinte de la folie des hommes est la plus sanguinaire.
Un bleu Celte ça doit exister, il y bien un bleu Crétois et un Bleu de Prusse. Je le vois, sur la palette, entre le reflet de l’ardoise, le ciel coléreux plongé dans la mer et la caresse de la nuit sur le granit des pierres levées. C’est parfois celui que l’on aperçoit dans le profond du regard des marins bretons.
L’éphémère est à la modernité ce que l’éternel est à l’art !
Nous n’attendons plus de l’art le salut ni la transfiguration de la vie : il ne les donna jamais, sinon quand il servait fidèlement la religion. Nous en attendons cependant autre chose que du divertissement et de la décoration. Nous n’attendons plus de l’art le rêve d’une communauté qui surmonterait les divisions de la société : il ne les procura jamais, sinon quand il servait fidèlement la domination. Mais nous en attendons quand même autre chose qu’un instrument de différenciation sociale pour la classe de loisir. Nous n’attendons plus de l’art la relation avec le génie mais nous aimerions y faire l’expérience d’autre chose que des dernières subtilités à la mode. Nous avons envers l’art des attentes complexes, mêlées et mélangées : elles recouvrent en partie nos attentes envers la religion et la magie, en partie les valeurs d’utopie, mais elles reprennent aussi la charge du jeu et du divertissement. À travers le concept flou de l’art, nous formulons en fait des attentes contradictoires… qui ne trouvent pas à se formuler autrement que dans cette confusion. Nous voudrions y trouver ce domaine impossible où coexistent la critique, le divertissement, l’élévation, la grandeur, le génie, le plaisir, et même le drame de notre condition — avec pour couronner le tout un sentiment finalement aigu du caractère dérisoire de toutes ses attentes et de leur impossible coexistence.
Yves Michaud
Tout passe, l’art robuste seul à l’éternité !
Imaginons l’art moderne comme étant les Inflatable Rabbit de Koons exposés dans les jardins de Versailles, les Personnes de Boltansski au Grand Palais, la Pyramide de Ming Pei au Louvres, le Pont emballé par Christo, la Joconde moustachue de Duchamp, l’Arbre aux voyelles de Penone dans les jardins de Le Nôtre. Enlevons le pillage, l’imposture et l’arnaque ! Il reste d’un côté, une baudruche, des déchets, un chiffon, un fantasme de barbier, un arbre pétrifié et de l’autre, Le Château de Versailles, le Grand Palais, le Louvres, le Pont Neuf, la Joconde, les Tuileries. L’art véritable est l’éternel, le reste je le voie comme le guano sur la statue d’un jardin public.


















