littérature
Il devrait exister un prix pour le meilleur titre de livre. Certains auteurs y ont mis l'essentiel de leur effort. D'autres livres sont d’excellents cocktails d’été.
Je n’ai pas de Panthéon, même littéraire, chez moi, tout s’organise en circonstances. Je lis Maïakovski quand je bois de la vodka, d’Aurevilly quand j’ai besoin d’éclat baroque, Huguenin pour un retour à une certaine naïveté de bord de mer, Nimier pour l’insolence hussarde, Apollinaire quand le monde me fatigue.
Petit matin. Café noir, serré. La foule commence à gonfler le long des avenues qui coulent vers la Seine. Quelques personnes viennent s’échouer sur les tables rondes de la terrasse et m’imposent leur regard enfoncé dans leur gorge serrée, comme une bile de mélancolie. Je règle mon café et pars vadrouiller à contrecourant, libre de mon temps. J’entre dans une librairie. J’échappe au flot. Une belle femme racée remet à sa place un petit rat d’université agrippé à ses journaux, à son aspect convenu, à sa carte de réduction de professeur d’université qu’il brandit comme un Ausweis. On ne peut imposer de limite à la vulgarité bourgeoise. Elle, maintient son sourire comme une dernière touche élégante portée au rat qui s’échappe rive gauche, dans le flot. Je croise l'ombre acérée des beaux yeux sombres et vifs de cette femme qui, à elle seule, justifie Paris, l’amour, la beauté. Elle pose un journal grand format sur le présentoir de la caisse : «Trois euros madame !». Elle porte encore du sourire, une trace, une ébauche sûre, avant de quitter la librairie vers la rive droite. Immédiatement, elle paraît encore plus belle.
Le journal de la belle inconnue se vend sous le nom de "Raskar Kapac". Huit pages sur papier élégant, vierges de toute réclame. On y parle d’un esprit tourmenté - Jean-René Huguenin - de rugby, de peinture. C’est une gazette, un N°1, une promesse. Prose colérique et provocante. Je souris en pensant à cette étrange complicité avec cet ancien mensuel Rennais, "Le Boutefeu", autre barque de naufragés que je feuilletais sur la terrasse du Picca les après-midi ensoleillés, à la fin de la longue saison amusante de l'âge ébouriffé.
J’emporte le dernier exemplaire du journal. Ce sera ma lecture du soir, en écoutant « Feu ! Chatterton », un rock français, élégant, au langage châtié :
«Madame, je jalouse
ce vent qui vous caresse
prestement la joue»...

Il est toujours préférable de passer de la poudre à l’encre. C’est une preuve que sa jeunesse a été explosive ! Je trouve étranges ceux qui se construisent un désespoir avant de bâtir une vie.

J’ai une conception romanesque de la géopolitique pour avoir été instruit entre un pistolet et une bibliothèque.

Auteur, j’aime bien ce titre. En littérature, il laisse entendre bien de choses que le mot écrivain masque derrière son gros cul. Faut-il souligner que ce nom est du même arrondissement que l’artiste – dans le 1er du dictionnaire s’il vous plaît - et qu’il peut être entendu comme auteur d’un crime ou auteur d’un écrit. C’est d’ailleurs cette ambiguïté qui me charme, quand on sait que le crime pourrait être d’avoir botté le cul d’un écrivain. Auteur de crime de lèse-majesté. Mais dans cette caste, j’avoue une préférence pour l’auteur de roman ou de romans selon l’inspiration. Cette particule donne un air aristocratique, dégagé qui convient à une certaine insolence.

J'ai des ambitions d'été, de plein soleil... des envies de rhum, d’exécutions et d'auteurs italiens.
C'est la légèreté qui est sérieuse

Je suis pour une littérature de grand air et non pour une littérature aux grands airs.

Je suis heureux de ressembler [aux hommes] dans les actions essentielles de la vie : j'aime leurs églises et leurs tableaux.
Roger Nimier







