Amitié
Le surgissement d’une couleur qui aille au monde
Au petit matin, sur un coup de téléphone à l’improviste, ils se retrouvaient à Rennes dans l’odeur singulière des villes de province encore endormies. Ils en avaient fait une habitude d’escale depuis maintenant bien longtemps. Rien n’avait modifié ce rituel ; ni le changement de propriétaire, ni la nouvelle décoration ou les profils différents des habitués. « Allo ?... c’est moi ! Je t’attends au Picca ». Ils s’asseyaient en terrasse en attendant l’heure des grandes ombres qui s’allongent, une meilleure lumière. Ils fumaient tranquillement des Lucky-Strike, ne buvaient que des grands whiskies comme des marques d’effronterie, accompagnés d’un grand café hautement aristocratique et colonial. A cette heure-ci, il n’y avait jamais personne. Pas un bruit hors les grands mots qui tranchaient leurs débats avec des reflets épurés et définitifs.
Tournés vers la grande place, ils espéraient le surgissement d’une couleur qui aille au monde… une densité palpable… le baroque d’une aube à l’épaisseur d’un tissu riche et cramoisi.

J'ai perpétuellement dans la gorge, un peu de sel de rade, de gasoil de soute et un fond de rhum.… j'ai toujours dans la tête un rêve de départ.
J’appartiens à une amitié ombrageuse et fière

L’amitié domestique est une incongruité de politicien. L’amitié est souveraine, ombrageuse, fière, virile, sceptique et secrète. Elle n’est pas un slogan gravé sur les frontons, livrés au regard de tous et salis des fientes de pigeons. Elle cercle les âmes d’un lien robuste, à l’abri d’un serment, d’une fiance entre le cœur et les entrailles. J’appartiens de part en part à cette amitié.
Il existe toujours des lieux inutiles où se perdre

Il existe toujours des lieux inutiles, sources d’imminentes joies de vivre, où l’on risque encore de se perdre d’être surpris.
L’indéniable supériorité du baroque sur le moderne.

J’ai maintenant l’endurance de plusieurs années d’existence pour pouvoir affirmer sans trop de nuances qu’une vie accomplie, comme dans un roman de José Giovanni, ressemble à une ferme fortifiée avec une femme authentique, une cavalcade d'enfants, des amis hauts en couleurs, des armes légères et du vin de Loire. L’indéniable supériorité du baroque sur le moderne.
Une alliance où rien ne tremble.

De l’Amitié : encore est-il que quelques-uns l’ont prise au sérieux jusqu’à en mourir.
BOUTEFEU ATTEND FEMME FLAMBOYANTE ET AMI EXPLOSIF AUX ACCENTS DRAMATIQUES POUR ACTION UNIQUE, DECISIVE, DE RUPTURE – STOP - CONFIRME IMMINENCE DESTRUCTION MINISTERES CULTURE ET EDUCATION – STOP – PREVOIR LONGUE FARANDOLE SUR RUINES FUMANTES – STOP – PROMESSE DE MORT VIOLENTE, GRANDIOSE ET ROMANTIQUE – STOP - RENDEZ-VOUS MINUIT SUR BARRICADE – STOP.
La vie est une opération commando

La vie est une opération de commandos. C’est une razzia sur l’amour, l’amitié, la tendresse, la bagarre, le pouvoir.
F. H. Fajardie, la Nuit des Chats Bottés

Enclin à vivre en dilettante, un peu braconnier, un peu taverne selon les saisons. Mauvais garçon, mais bon compagnon !
L'été n’est pas une saison, c’est une comédie

L'été n’est pas une saison, c’est une comédie. Pour la mise en scène balnéaire qui se jouera à huis clos, je prépare quelques vins aristocratiques et des lectures égoïstes et contestables…
Autre projet d'été : dériver !
Une fraternité, insensible aux mauvais courants du monde

J’ai toujours rêvé de l’existence d’une société secrète, qui se rencontrerait dans des lieux sombres parfumés d’effluves mêlant l’opium, l’encens et le soufre ; un clan, un peu obscur, qui serait le repaire de chevaliers venus d’un autre siècle, échoués sur les rivages pollués du monde moderne ; une fraternité, insensible aux mauvais courants du monde, fondée sur la quête de la Justice, de la Beauté et de l’Ordre juste ; bref j’ai toujours rêvé de l’existence d’une famille, amante de la pénombre, dont les membres brûleraient ensemble du même feu qui les habite.

De la traînante crainte de se livrer naît cette grimace de l’honneur, fierté sanglotante pour laquelle nous sommes prêts à mourir.

O mon ami, ami enraciné, ami de nid d’aigle au visage d’ombre et d’éclair, nous voilà Princes d’Empire et de bordées sur notre forteresse pour l’avoir conquise dans la furie de nos galops. Nous nous sommes retrouvés dos à dos, face aux autres, pour des mots, des pensées brunes ou blondes, des projets de révolte, le même goût du sel et des vents violents et la même vision d'une terre ultime.
La préméditation de l’amitié se conçoit dans l'endurance d'une vertu.

Il y a trois types d’amitié. Celle inférieure, de l’utilité, qui n’est que calcul et besoin, réceptacle du politique et du marchand. Au-dessus, celle du plaisir qui est simplement celle de l’entente généreuse de la jeunesse. Au-delà, supérieure, aristocratique, celle selon la vertu, elle est celle des hommes vertueux qui sont semblables en vertu.
L'amitié dans le bleu du matin

L'amitié, pareille à une poignée de main, à l’odeur du café partagé, à l’éclat mordoré d’une cigarette cachée dans le creux de la paume. Comme une amitié de conversations se prolongeant dans le bleu du matin.

L’Amitié comme introduction à l’éthique, l’Amour comme introduction à l’esthétique. Voilà les points d’appui ! Mais nous sommes pressés, elle non, car la femme appartient au temps, l’homme à l’époque. L’Amitié d’abord, ensuite la femme ! A chaque âge un tourment. En attendant, la femme se résume souvent en une porte qui claque !

Il me souvient que nous aimions l’effraction et la sauvagerie, que nos illusions de brumes nous portaient aux veillées dans quelques camps de Brennus ou de Pictes, que les amitiés fortes restaient suspendues au hasard de la guerre, que nous avions soif d’ultime.
L’amitié, c’est une république libre par-delà les nivellements, l’anonymat, l’égalitarisme ou l’idée de clôture frontalière. C’est le monde des amateurs de rugby, de bel canto et de tauromachie, celui des flâneurs de haute-mer et des baroudeurs, on y croise des anars en tweed et des aristos effrontés. Au gré des tapages, la coterie est promptement baptisée de noms obscurs : anarchistes de droite, chouans, hussards ou uhlans. Plus sûrement, c’est libre que l’on va rôder du côté de l’aventure humaine avec nos gueules viriles et riantes, trimbalant une idée généreuse qui va du clan à la société secrète, sans drapeau ni slogan à la recherche d’une limite franchissable entre bistrot et château… vaste programme. Sur ces terres, on promène avec légèreté nos boudes hautaines, nos postures d’insolence et notre humour féroce. C’est le Poulbot sabrant le champagne chez Monsieur le Marquis, le talent railleur et le goût du panache, histoire de goûter de la distinction et dilapider dans l’amitié… Une façon légère de se prendre au sérieux, comme une charge sabre au clair, en gant blanc et en éclat de rire.
























