Religion

En religion, je préfère les fidélités insolentes aux dévotions soumises ! Je suis un croyant frondeur, irrévérencieux, qui convoque Dieu, avec une familiarité rugueuse, au Bar de la Plage comme à l’autel. Et ce Dieu, je le veux allié de mes colères plutôt qu’un Dieu de catéchisme. Je crois avoir développé une certaine familiarité virile et ironique avec lui lorsque nous dialoguons sur les ruines du monde moderne. Certaines nuits, j’entends murmurer « J’attends, je reviendrai par vos fissures, par vos foudres, par vos fils et par vos filles ». Avec une prétention démente, je suis persuadé qu’un Dieu a entendu mes emportements et qu’il me répond !

J’ai toujours préféré la chrétienté qui n'a pas besoin de l'autorisation des curés pour agir chrétiennement. On ne me refera pas, je me méfie de l’homme, même en froc et goupillon.
Les brèves incertitudes douloureuses

Sans se renier et en toute franchise, il faut bien avouer un ou deux moments incertains de sa vie où l’on en veut aux héros de nous rappeler qu’ils ont existé ; et de leur préférer brièvement les martyrs, uniquement parce que la partie douloureuse de leur vie nous les rend plus accessibles immédiatement.
Ne craindre ni la sacralité, ni les sentiments.

Le fond de mon enseignement consistera à te convaincre de ne pas craindre la sacralité et les sentiments, dont le laicisme de la société de consommation a privé les hommes en les transformant en automates laids et stupides adorateurs de fétiches.
Pier Paolo Pasolini
Nous sommes des êtres puissants

Soyez inutile ; j’ai bien dit inutile ! Le monde s’épuise à distribuer des rôles. L’individu a renoncé à vivre pour se vendre. Il a baissé la tête et renoncé à sa dignité. Il faut retrouver un contact direct, immédiat, avec la vie. Fonder son existence à partir de ses émotions, prendre du temps pour prier, se débarrasser de l’illusion de la réussite et admettre le sens tragique de la vie. Nous sommes des êtres puissants. Il est grand temps de souffler sur les braises de nos feux intérieurs. Soyons inutiles et devenons des hommes.
Les prémices d'un requiem tragique

Il n'était encore qu'un soldat, avant de devenir un soldat perdu....Tout, ici, respire les prémices d'un requiem tragique !
Patrick Mahé, Les Oies sauvages meurent à Mexico
(Hommage à John O'Reilly du Bataillon Saint-Patrick, alias les San Patricio).
Fallait pas assassiner la charité chrétienne

M’emmerde cette déclaration des droits de l’homme, celles du Conseil de l’Europe et la phraséologie creuse des collectifs communautaristes… la pauvreté est là ! Elle pue ! Il faut la déloger à coup de solidarité, la chasser manu militari des culs de basses fosses, à grand renfort d’entraide.
Envie d’être un enfant de l’histoire, de croire que même si les combats d’aujourd’hui sont servis par la technologie au lieu de l’être par le guerrier pur, l’empreinte d’Homère y reste toujours présente. Le goût des armes, des déluges de feux, de l’irruption, le besoin de s’ordonner, la force du sacrifice consentie, l’idée de confrérie ainsi que celle de sauver la veuve noire et l’opaline évanescente, arrogante de beauté, tout convie à être soldat.

Il faut combattre le puritanisme protestant et restaurer l'hédonisme catholique. Les plaisirs que Dieu créés ne peuvent être mauvais !
L’éphémère est à la modernité ce que l’éternel est à l’art !
Nous n’attendons plus de l’art le salut ni la transfiguration de la vie : il ne les donna jamais, sinon quand il servait fidèlement la religion. Nous en attendons cependant autre chose que du divertissement et de la décoration. Nous n’attendons plus de l’art le rêve d’une communauté qui surmonterait les divisions de la société : il ne les procura jamais, sinon quand il servait fidèlement la domination. Mais nous en attendons quand même autre chose qu’un instrument de différenciation sociale pour la classe de loisir. Nous n’attendons plus de l’art la relation avec le génie mais nous aimerions y faire l’expérience d’autre chose que des dernières subtilités à la mode. Nous avons envers l’art des attentes complexes, mêlées et mélangées : elles recouvrent en partie nos attentes envers la religion et la magie, en partie les valeurs d’utopie, mais elles reprennent aussi la charge du jeu et du divertissement. À travers le concept flou de l’art, nous formulons en fait des attentes contradictoires… qui ne trouvent pas à se formuler autrement que dans cette confusion. Nous voudrions y trouver ce domaine impossible où coexistent la critique, le divertissement, l’élévation, la grandeur, le génie, le plaisir, et même le drame de notre condition — avec pour couronner le tout un sentiment finalement aigu du caractère dérisoire de toutes ses attentes et de leur impossible coexistence.
Yves Michaud


















