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C'est le Diable qui prend du terrain
Sans arrêt les sens sont convoqués au parloir. Regardez, sentez, goûtez, écoutez, touchez ! Harcèlement des hommes lustrés, des femmes exhibées, des congés azuréens, blancs et soleil, et du racolage pignon sur rue. Tout le monde sous les néons, il faut exciter les sens en permanence, ne pas laisser respirer, réfléchir, aimer, agir. La vie a quitté ce monde d’entre les morts, la frontière est abolie, les nuées sensuelles règnent ici. Ce n’est pas Dieu qui est mort mais le Diable qui prend du terrain. C’est la frontière entre le bien et le mal qui s’estompe. Je veux retrouver la terre des Dieux, je suis à l’affût des humains, ne me soumettrai pas à cette vie.
La prochaine guerre devra se faire contre le totalitarisme des médias. Il faut s’émanciper de leur régime en créant de nouvelles perceptions. La soumission est tellement profonde que cette mutation devra entrainer des modifications anthropologiques pour que l’homme se mette de nouveau à penser par lui-même. Seule la poésie devrait avoir la puissance nécessaire pour faire parler les mots violés et en faire naître de nouveaux. Je rêve d’une armée de mots qui anéantirait ces Dieux modernes, des mots racés, coupants, barbares.

Un air de parenté certain entre la subversion et l’aventure laisse aimablement envisager une possible fraternité de sang.
Contrairement au Prince de Ligne, je suis prêt à quitter mon exil pour l’honneur, l’humeur et l’horreur. Je suis prêt à faire un pacte temporaire avec la marche cahotante de l’évolution de l’homme s’il devait renouer avec le spirituel et l’affect et abandonner l’immense orgie d’enfants gâtés dans laquelle il sombre. En attendant, il est vrai, loin de la clameur et loin du goût démocratique, je n’ai aucune relation diplomatique avec mon siècle.
Le communisme a politisé l’art là où le fascisme l’a esthétisé, et le peuple fut le spectateur admiratif de ces deux derniers mouvements romantiques d’avant-garde. Dire que le peuple ne peut-être tenu responsable de cette fascination, c’est admettre toute l’inconvenance de la démocratie. Le peuple ne peut avoir raison ou tort selon qu’il serve ou pas les desseins que l’on porte. Il a toujours tort ou toujours raison, les barricades n’ont que deux côtés. Il faut être l’écume du peuple pour échapper à ces contradictions ; je veux dire au dessus, dans un sens baroque et aristocratique.


































