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C'est la légèreté qui est sérieuse

Je suis pour une littérature de grand air et non pour une littérature aux grands airs.
Le choc métallique du naufrage

La ville restera un combat au couteau dans le noir secret d’une rue aux volets clos. Le choc métallique du naufrage de la déchéance contre la solitude. Des mots qui se heurtent et finissent lacérés. L’apprentissage de la vie, le premier sang, et peut-être un souffle qui s’échappe sans témoin.
La société de consommation poussée à l’extrême de sa logique implique de rendre tous les corps consommables par tous pour la jouissance de tous ; mêlant biens, corps, crimes et affects. C’est, je crois, le synopsis d’un film pornographique dont les promoteurs seraient les médias.

A un club privé, aménagé sous un nom illustre, dont l’admission facile ne serait réservé qu’aux imbéciles, aux collectionneurs de citations et aux jeunes gens très riches (finalement souvent les mêmes) - cette humanité vautrée sur des fauteuils en cuir, cachée dans de grasses maisons closes d’esprit - je préfère la coterie ou la société secrète pour son odeur de souffre et son côté exotique qui convient mieux aux yeux bleus et aux femmes minces.

Bure, kilt, sarong sont des choix de dandys Baudelairiens pour habiller le prêtre, le soldat et le poète. Le reste de tissu habille les femmes élégantes, les vieux fantasques et aujourd’hui les fades évirés.

Une âme riche est une âme affamée. Au jour du jugement, il sera demandé à chacun de nous selon sa faim.
Jean-René Huguenin - Journal (1955-1962)
La simplicité, complément indispensable à toute vie élégante

Je suis pour la richesse qui ne crie pas l’opulence et pour la pauvreté qui ne crie pas famine.
Aujourd'hui la plupart des hommes s'épousent eux-mêmes

La plupart des hommes épousent une médiocre contrefaçon des hommes, un peu plus retorse, un peu plus souple, s’épousent eux-mêmes. Ils se voient eux-mêmes passer dans la rue, avec un peu plus de gorge, un peu plus de hanches, le tout enveloppé de jersey de soie, alors ils se poursuivent eux-mêmes, s’embrassent, s’épousent. C’est moins froid, après tout, que d’épouser un miroir. La femme est rare, elle enjambe les crues, elle renverse les trônes, elle arrête les années. Sa peau est le marbre. Quand il y en a une, elle est l’impasse du monde… Où vont les fleuves, les nuages, les oiseaux isolés ? Se jeter dans la femme… Mais elle est rare… Il faut fuir quand on la voit car si elle aime, si elle déteste, elle est implacable. Sa compassion est implacable. Mais elle est rare.
Jean Giraudoux
Attention, ne ménagez jamais un ennemi public, ni privé. Si vous le ménagez, lui, le moment venu, l’occasion favorable trouvée, ne vous ménagera pas. Votre générosité ridicule fait le malheur de votre pays, ou de votre famille.
Machiavel
Les révolutions, c'est quand les battes de base-ball et les clubs de golf changent de main. Les dates exactes et les litres de sang sont des querelles d'historiens.
Anonyme
Je crois les causes généreuses faites pour les cœurs perdus

J’entends, insolente et légère, une jeune légion étrangère buissonnière s’impatienter à l’orée du béton de notre société.
J’entends la première ligne trépigner sous le couvert de la forêt. Faite des cicatrices du siècle, elle aligne les fils des cadets de Gascogne, les descendants des chouans, les princes audacieux ou encore les bannis et les exilés… tous ces cœurs perdus. Rênes courtes et verbe haut sur leurs montures, chacun prêt à faire l'histoire, dédaignant les honneurs tout en jetant négligemment un coup d’œil enfantin sur leurs beaux panaches blancs…
Je les entends maintenant dans le sillage empanaché des Mousquetaires et de Cyrano, voilà le galop des hussards, la charge des Uhlans, la mitraille des maquisards, toute une coterie de disciples de l’insolence, une école de l’irrévérence, une armée des ombres toute en contraste, accablée de mépris qui vient cogner à la porte du Lupanar de la jouissance sans entrave pour exiger la fin de la grande partouze !
L'amitié dans le bleu du matin

L'amitié, pareille à une poignée de main, à l’odeur du café partagé, à l’éclat mordoré d’une cigarette cachée dans le creux de la paume. Comme une amitié de conversations se prolongeant dans le bleu du matin.

Je fixe mes limites aux quatre points cardinaux qui sont les quatre coins de mon ring. Plus tard, j’irai me frotter à ces civilisations où l’oiseau, l’arbre ou la mer ouvrent l’espace contraint par ces seuls points en intégrant le zénith, le nadir et même le milieu.
Se relire dans les plis de nos cicatrices
Il est des cicatrices que l'on rêve d'avoir à vingt ans, pour pouvoir se relire plus tard et être sûr de ne pas s'être inutilement perdu.
Etre le Franc tireur de l'Eglise militante.

L’Eglise militante a ses cadres officiels et son armée régulière. Elle a aussi ses francs tireurs. Ils bataillent sur les frontières et parfois au delà des frontières. Ils ne se servent pas des mêmes armes, ils ne parlent pas toujours la même langue. Il suffit qu’ils aient la même foi et le même amour. Et Dieu reconnaîtra les siens sous l’uniforme et sans l’uniforme. La tentation qui guette les francs tireurs est celle de l’indiscipline et de l’individualisme. Celle qui menace les troupes régulières est le glissement vers le conformisme, où le social a plus de part que le divin. Mais qui choisit sa voie choisit aussi les risques qu’il devra surmonter.
Gustave Thibon

Tous prônent l'exaltation dans la déchéance, dans la profusion sexuelle, au nom d'une liberté violée et profanée. Je revendique l'ivresse de la grandeur, celle que l'on connaît dans la relation avec une femme ardente, une femme unique.
Je vous le dis, petits bonshommes...

Je vous le dis, petits bonshommes, couillons de la vie, battus, rançonnés, transpirants de toujours, je vous préviens. Quand les grands de ce monde se mettent à vous aimer, c’est qu’ils vont tourner en saucissons de bataille… C’est le signe… il est infaillible. C’est par l’affection que ça commence.
Louis-Ferdinand Céline

Risque de s’embourgeoiser par stratification de richesses, de ne présenter que d’exquis cadavres à la faim des jeunes loups, de s’engouffrer dans la pensée unique. Non pas que cela soit tellement désagréable, mais le conformisme est une faute de goût impardonnable à qui veut avoir bousculé son siècle après l’avoir constaté au dessous de ses aspirations.

Hâtivement, fuir la ville ! On se trompe toujours lorsqu’on croit pouvoir se déplier hors de la forêt, loin des embruns

Dans le déroulement exaltant et plus que millénaire de notre civilisation, notre époque apparait comme figée. Progressivement le monde a été livré à la nonchalance, et c’est cette mollesse que l’on propose à l’excitation de ma génération. Se révolter devient alors une aventure superbement urgente et absolue. Des printemps de réflexion, des hivers d’indignation et toutes ces délibérations déguisées en résistances, doivent forcément aboutir à l’action. Et celle-ci doit être absolument coupante, décisive, déchirante, elle doit interrompre le temps de la science et de la conscience pour une plongée brutale et grisante dans l’inconnu où il n’est plus concevable d’observer une distance démocratique.
Garçon, deux pistolets et un café !

"Notre siècle reconnaissait au duel Français le rôle de régulateur social qu’il déniait au droit. En cela sa dimension reste supérieure au Mensur allemand qui n'était qu’un sport d’étudiants à la recherche d’une cicatrice ou au homicidal austerity of mood britannique. De même, l’homme du monde accompli se refusait à vider une querelle à coup de poings. « Sans duel, pas de salon, il n’y a que des cabarets » répétait le Maréchal Clauzel. Il était d’usage de voir le duel comme un moyen qui affinait les mœurs, comme la poésie et le style.
Un duel réussi, tout comme une bonne histoire, commence par un début et se termine par une fin [...]".
Brûler tous les vaisseaux à vingt ans

Finalement, écrire à vingt ans est indécent ! C’est manquer toutes les bonnes occasions de mourir avec panache

Ne pas confondre les âmes endolories et les cœurs mesquins. C'est-à-dire ne pas souiller le fou sublime, le chevalier errant. Les arcanes de leur âme sont des voix silencieuses, des impulsions anxieuses et parfois des évènements d’heureuse souvenance.

Dionysos ou Socrate ? Le primitif ou la connaissance ? L’instinctif ou l’acquis ? Culture ou civilisation : il faudra en tuer un, quelle tragédie !

Voilà que s’autoproclament en nouvelle noblesse, le technocrate, le communicant, le banquier. A défaut de bâtir, les voilà qui investissent dans les édifices prestigieux des centres-villes. Ils kidnappent l’histoire voulant faire croire à leur implantation séculaire, comme s’ils faisaient partie du décor depuis toujours.

Récurrence du port, de la mer, des départs, de l’exil, du foyer à l’abri des brisants, les mains calleuses, bourrues d’amitié, le bateau qui sombre et le cimetière face à la mer, habité de cercueils vides de marins … la suspicion que ceux-ci soient naufragés dans un lointain pays exotique. Dans mon imaginaire, la gare, c’est plutôt l’attente, le baiser volé, le hall désert, le train qui déraille, les corps démantelés, les morts, le fer et le feu fondus en un seul crissement aigu. L’aéroport, c’est la modernité, la rapidité, le bond, le voisin anonyme, les fesses de l’hôtesse, l’étroitesse du hublot, le confinement, la démonstration excessive du détournement ou de l’explosion.

Le problème de l’avant-garde vient de ce qu’elle bouche le passage, interdit le dépassement et finalement occulte l’horizon. Je lui préfère les chevau-légers de la flanc-garde qui protègent le passage, celle qui fait Camerone.

On parle en abondance du flegmatique tea time anglais pris sous les lambris victoriens. J’ai plutôt le goût rustique pour le thé russe, chauffé au bois de cèdre sur les contreforts glacés de l’Oural ou à l’orée de la steppe sauvage.
Les grands silences marins forment la jeunesse.

De mes songes naquirent mes passions, la mer et la solitude, les grands silences marins du large et les rivages austères, les côtes nordiques, le sens de l’éternité et l’écriture.
Grégoire Dubreuil, 1984
Les jeux sérieux sont subversifs !

La subversion est un jeu sérieux dont la règle désinvolte est l’ordre et la transgression des codes.
2014 : Etre supérieur à son temps

2014, j'opposerai le bruit de la vie aux grumeaux sourds de vos voix !










