Insolence
Nous reviendrons conquérir notre monde par les chemins buissonniers.

L’angoisse d’exister, voilà ce qu’a créé le monde moderne pour la jeunesse ! Et il s’est évertué à détruire tout refuge possible contre ce mal du siècle ; de la cathédrale à la famille, des valeurs à l’esthétique, du zinc des amis aux forêts sauvages. Rien n’échappe à sa furie barbare. Les témoins du passé - hommes, mots, vertus, œuvres - sont écartés, purgés, dénoncés, assassinés par les nouveaux prêtres exaltés du progressisme, enivrés de leur image, rongés de haine. Dans ce nouvel ordre rigide, nous glisserons le romanesque, la rêverie… nous y glisserons la fantaisie, nous lèverons l’excommunication de l’amour fidèle. Nous reviendrons conquérir notre monde par les chemins buissonniers.

En religion, je préfère les fidélités insolentes aux dévotions soumises ! Je suis un croyant frondeur, irrévérencieux, qui convoque Dieu, avec une familiarité rugueuse, au Bar de la Plage comme à l’autel. Et ce Dieu, je le veux allié de mes colères plutôt qu’un Dieu de catéchisme. Je crois avoir développé une certaine familiarité virile et ironique avec lui lorsque nous dialoguons sur les ruines du monde moderne. Certaines nuits, j’entends murmurer « J’attends, je reviendrai par vos fissures, par vos foudres, par vos fils et par vos filles ». Avec une prétention démente, je suis persuadé qu’un Dieu a entendu mes emportements et qu’il me répond !

Je n'ai jamais aimé l'esprit de sérieux, ni même le goût de ce qui est utile. Il faudra bien un jour, si l’on veut respirer librement, qu'on revienne à ce qui ne sert à rien d’autre qu’à la poésie, et au canular.

On sait bien que maintenant les filles - toutes les filles, même celles de bonne famille - sont plutôt vodka que camomille.
Alain Robbe-Grillet
Tout doit être follement incertain !

Nos rêves ont plus d'imagination que la vie ; et la force même de ces rêves aristocratiques s’impose en modèle exigeant, en pacte intraitable, chez certains hommes qui se précipitent à la conquête de leurs folies parfumées de poésie.
Je vous laisse à vos gouffres, à vos os et à vos cauchemars !

J'en ai soupé de l'authentique, de l'écriture équitable produite les doigts crispés sur la minute inédite, l'œil exorbité sur l'instant insane, les babines retroussées sur un cadavre exquis, une souffrance photogénique. Marre de reluquer la pourriture du monde, de trainer tous les regards vers le bas. On amplifie le râle du monde, on y taille des bannières que l’on met devant la troupe docile et enivrée de larmes amères. L’origine de ma rage est là, car j’aspire à affronter plus grand que moi, à me consumer dans les éthers, à voler en éclats. Je veux être moi sans condition et dans une multitude de mondes. Y vivre bruyamment en dansant, en riant, et en vous maudissant. Je vous laisse à vos gouffres, à vos os et à vos cauchemars.

S’il m’arrive parfois d’aimer le corps de certaines villes, leur âme, elle, me répugne toujours. Il faut savoir trousser un compliment comme on le fait d’une jupe, sans se perdre, pour ensuite épouser une grande cause.
Avoir le monde en main et dans son salon caresser un chat.

'Il faut se méfier des réactionnaires qui n'aiment ni les chats pour leur insolence, ni les chiens pour leur fidélité.'
BOUTEFEU ATTEND FEMME FLAMBOYANTE ET AMI EXPLOSIF AUX ACCENTS DRAMATIQUES POUR ACTION UNIQUE, DECISIVE, DE RUPTURE – STOP - CONFIRME IMMINENCE DESTRUCTION MINISTERES CULTURE ET EDUCATION – STOP – PREVOIR LONGUE FARANDOLE SUR RUINES FUMANTES – STOP – PROMESSE DE MORT VIOLENTE, GRANDIOSE ET ROMANTIQUE – STOP - RENDEZ-VOUS MINUIT SUR BARRICADE – STOP.
Moines-soldats, beatniks céliniens et dandies grandioses

J'ai un penchant irraisonné pour les héros picaresques qu'ils soient moines-soldats, beatniks céliniens ou dandies grandioses du bout du monde. J'aime leur absence de vanité dans la révolte, leur propension à faire coexister le fabuleux de chaque époque, leur art de vivre détaché des pesanteurs. J’admire que ces amants brûlés aux fièvres d’un amour unique, soient également ceux qui versent toujours joyeusement leur sang avec l’abandon des hommes incurables.
L'ennui ne tend pas d'embuscade !
Vingt ans, ce n'est pas gras normalement ! Avec le progrès tout est faussé. Plus de sueur, plus de soleil, plus de nerf, plus de vertèbre... Que du bide ! Parfois encore, de la limaille de vie entre les dents, sous les ongles, entre les doigts... dernières saletés d'aventure... mais le suspense de la jeunesse est terminé. L'ennui ne tend pas d'embuscade !
Oldscoule : Nationale 7 et poésie balnéaire.

Répandez-vous dans le monde ! Voilà l’ordre d’opération lancé depuis le 04 juillet… répandez-vous dans le monde en cercles concentriques autour d’un Paris, d’un Berlin, d’un Londres, moribonds comme de vieilles pierres. Débordez jusqu’à la mer ! Investissez les criques, les coins, les creux de rochers, l’ombre des pins ! Affronter les frontières, désertez l’ennui berlinois, l’hystérie londonienne, la condescendance parisienne et investissez vos économies laborieuses dans le grand parc d’attraction périphérique : L’Exotic world parc center. Soleil, plage, bikini, alcool sucré assurés ! Coco, bobo, clodo… tout ça migre vers le Sud. Les rats quittent le nid. Les vrais migrants, c’est eux. Les autres sont des usurpateurs. Procréez sur vos serviettes de bain pour que vos fils remontent ensuite la même rivière des congés solaires, vers la même plage, et leurs enfants-saumons aussi, et les enfants de leurs enfants également. L’explication du monde, le mécanisme de fascination ne doivent pas changer. La progéniture mondiale doit manger au même distributeur, à la même heure, sous le même zénith, entre Kâma-Sûtra mal assimilé et sandouiche au beurre allégé.
L’Autoroute numéro 6 a définitivement supplanté la Nationale 7. Vous passez vos vacances sur quelle aire d’autoroute ?
Moi, je dérive. Ce matin, j’étais levé avant le soleil… par pure provocation. Bons baisers d’ailleurs.
Une occupation délicieusement abrupte entre la vocation et le dilettantisme.

Existe-t-il de bons emplois pour une vie ? Je veux dire autre chose qu’un métier de subsistance. Quelque chose entre la vocation et le dilettantisme. Une occupation délicieusement abrupte pour laquelle il reste possible de se hausser sur la pointe de valeurs extrêmes, où l’on ressent vaguement l'évidence brutale de l’aventure, de la vie tumultueuse. A-t-on découvert plus pure profession que celle de bénédictin, meilleure situation que celle d’écrivain maudit, plus enviable condition que celle de mousquetaire, meilleur projet que celui de dandy désinvolte ou de cap-hornier ?
...pour Julius Falco
Debout poète, foutons un joyeux bordel

Quelle immense tromperie cette politique pratiquée par des hommes tronqués qui ont été incapables de prendre en compte leur propre jeunesse, et qui se proposent d'imaginer celle de leurs enfants. Mais les enfants n'en font qu'à leur tête, roulent à pleine vitesse dans les contre-allées, ont de grands rires décontractés, taillent la vie à grands coups d'insolences ciselées, vont trop vite pour s'embarrasser d'un déambulateur.
De jeunes abusés et des vieux désabusés… toute notre époque.

Je vois autant de vieillards révoltés contre la jeune société autoproclamée moderne que de jeunes gens révoltés contre la vieille tradition. L’Europe vieillit, les études démographiques le disent. La tradition sera déclarée vainqueur par abandon… Faut-il s'en réjouir ?









