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La mer, comme le désert, sont monothéistes

La mer, comme le désert, sont monothéistes. Les petits dieux arrogants sont faits pour l’égoïsme de la ville et l’enfermement du bocage.

La vraie beauté est une beauté sobre, expressive, mais réticente ; où le baroque ne se conçoit que précédé de beaucoup d’épure.

Le mode d’agglomération de l’humain, c’est la ville. Là, l’homme se recroqueville, se ratatine, se rassemble, se centralise, s’unit, s’agglomère en une chose qu’on appelle la société moderne. J’en fais mon champ de bataille.
Les brèves incertitudes douloureuses

Sans se renier et en toute franchise, il faut bien avouer un ou deux moments incertains de sa vie où l’on en veut aux héros de nous rappeler qu’ils ont existé ; et de leur préférer brièvement les martyrs, uniquement parce que la partie douloureuse de leur vie nous les rend plus accessibles immédiatement.

Lorsque la lumière s'éteint, il ne reste pas que le noir puisque la lampe est toujours là. Il y a donc les humiliantes espérances en la lumière, en la répétition. Casse la lampe, va chasser, fouille chaque recoin, aide toi des orages, des éclairs. La vie dangereuse est là ! C'est l'aube qui te sauvera.

La vraie femme. Celle qui nous vient du fond des âges. Celle qui rayonne à l’autre extrémité de la création. Je peux vous dire cela d’une manière plus directe. Deux races de femmes. L’une nombreuse, et l’autre en voie de disparition. Les femmes dans lesquelles on se branle. La femme avec qui l’on fait l’amour. Et avec qui faire l’amour, c’est se refaire de l’enfance. La vraie femme : celle qui connaît les secrets des eaux, des pierres, des plantes, des bêtes. Celle qui fixe le soleil et voit clair dans la nuit. Celle qui possède la clé de la santé, de la paix transparente, des harmonies. La sorcière blanche, la fée aux larges flancs humides, au visage d’ange flamand, aux longs cheveux blonds, aux yeux clairs, qui attend l’homme pour recommencer avec lui le paradis terrestre… Avec elle, toute la terre s’organise en féerie. Avec elle, il y a de l’immortalité dans l’air… Le désir qu’elle inspire est vide de tout démon. Plonger en elle vous réensemence et vous révèle que la grande jouissance est chaste. La vraie femme, la femme rare. Celle que les anciens gnostiques appelaient « la femme de l’homme » et la « rosée de lumière ». Ils nommaient l’autre, qui est légion, « la femme de la femme…
Louis Pauwels

Si je dis : l’heure la plus sombre, en hiver, à quatre heures du matin en rase campagne. Je ne vois là aucune poésie. Et pourtant j’y ai vu une mise en scène où les mots avaient du mal à trouver leur place habituelle.

Il ne faut jamais se couper de l’humanité, car on risque dans l’éloignement de lui trouver des circonstances atténuantes.
Albert Cossery
Les femmes corses sont de nature hostile. Elles sont fatales, injustes et parfaites.

Les femmes corses sont de nature hostile et vivent encore vigoureusement en affichant leur évidence de plénitude avec simplicité et sans aucune indulgence facile pour les abstractions contemporaines dont elles rejettent la torpide misère. Elles ont depuis longtemps fusillé la légende de la femme mièvre et avancent sans se résigner, sans chanceler, sans décliner. Elles savent leur cycle éternel, n’ouvrent leurs bras bronzés que pour un homme viril avec qui elles partagent la parenthèse tactique de l’enfantement, comme un don ancestral. Les femmes corses ont la beauté instinctive des méditerranéennes, des louves dont le sang est resté fier. Elles savent que les lois de la nature sont beaucoup plus aimables que les lois humaines car elles sont fatales, injustes et parfaites.
C’est en Corse que l’on comprend que la France n’est plus latine au delà des dernières plantations d’oliviers et des derniers pieds de vignes.
Oldscoule : Nationale 7 et poésie balnéaire.

Répandez-vous dans le monde ! Voilà l’ordre d’opération lancé depuis le 04 juillet… répandez-vous dans le monde en cercles concentriques autour d’un Paris, d’un Berlin, d’un Londres, moribonds comme de vieilles pierres. Débordez jusqu’à la mer ! Investissez les criques, les coins, les creux de rochers, l’ombre des pins ! Affronter les frontières, désertez l’ennui berlinois, l’hystérie londonienne, la condescendance parisienne et investissez vos économies laborieuses dans le grand parc d’attraction périphérique : L’Exotic world parc center. Soleil, plage, bikini, alcool sucré assurés ! Coco, bobo, clodo… tout ça migre vers le Sud. Les rats quittent le nid. Les vrais migrants, c’est eux. Les autres sont des usurpateurs. Procréez sur vos serviettes de bain pour que vos fils remontent ensuite la même rivière des congés solaires, vers la même plage, et leurs enfants-saumons aussi, et les enfants de leurs enfants également. L’explication du monde, le mécanisme de fascination ne doivent pas changer. La progéniture mondiale doit manger au même distributeur, à la même heure, sous le même zénith, entre Kâma-Sûtra mal assimilé et sandouiche au beurre allégé.
L’Autoroute numéro 6 a définitivement supplanté la Nationale 7. Vous passez vos vacances sur quelle aire d’autoroute ?
Moi, je dérive. Ce matin, j’étais levé avant le soleil… par pure provocation. Bons baisers d’ailleurs.

On est vieux lorsqu’on arrive à ne s’émouvoir que de l’automne rimbaldien et de l’hiver morphique, et plus jamais du printemps des saillies ni des terribles orages d’été qui sont autant de charges contre la mort.
N'est-ce pas la part la plus excitante de leur beauté, cette fatigue amoureuse qui vitre et cerne leurs yeux et leur durcit un peu le visage.
Paul Morand

Je ne suis pas un aventurier ou un mercenaire. Je suis l'homme d'un rêve. On ne change pas de rêve pas plus qu'on ne change de peau.
Baron von Ungern Sternberg

Il nous faut de nouveau le feu sacré... et ce feu, nous pourrions alors le retourner contre les Nuits !
Notre vraie vie est dans l'immortalité

Trouver la force de se réinventer. Modifier l'organisme s'il le faut. Changer de voie, changer de tout. N'être rien d'autre que ce qui est essentiel en soi, rejoindre son centre et rester près du feu. Le temps de l'insolence est venu et avec lui le temps de la vérité : être à jamais un esclave ou bien être un jeune loup.
Nous sommes des êtres puissants

Soyez inutile ; j’ai bien dit inutile ! Le monde s’épuise à distribuer des rôles. L’individu a renoncé à vivre pour se vendre. Il a baissé la tête et renoncé à sa dignité. Il faut retrouver un contact direct, immédiat, avec la vie. Fonder son existence à partir de ses émotions, prendre du temps pour prier, se débarrasser de l’illusion de la réussite et admettre le sens tragique de la vie. Nous sommes des êtres puissants. Il est grand temps de souffler sur les braises de nos feux intérieurs. Soyons inutiles et devenons des hommes.
Puis vint la malédiction des villes et des gens.

Il faut congédier toute pensée qui nous incline au confort.
C'est la légèreté qui est sérieuse

Je suis pour une littérature de grand air et non pour une littérature aux grands airs.

Bure, kilt, sarong sont des choix de dandys Baudelairiens pour habiller le prêtre, le soldat et le poète. Le reste de tissu habille les femmes élégantes, les vieux fantasques et aujourd’hui les fades évirés.
La simplicité, complément indispensable à toute vie élégante

Je suis pour la richesse qui ne crie pas l’opulence et pour la pauvreté qui ne crie pas famine.
Aujourd'hui la plupart des hommes s'épousent eux-mêmes

La plupart des hommes épousent une médiocre contrefaçon des hommes, un peu plus retorse, un peu plus souple, s’épousent eux-mêmes. Ils se voient eux-mêmes passer dans la rue, avec un peu plus de gorge, un peu plus de hanches, le tout enveloppé de jersey de soie, alors ils se poursuivent eux-mêmes, s’embrassent, s’épousent. C’est moins froid, après tout, que d’épouser un miroir. La femme est rare, elle enjambe les crues, elle renverse les trônes, elle arrête les années. Sa peau est le marbre. Quand il y en a une, elle est l’impasse du monde… Où vont les fleuves, les nuages, les oiseaux isolés ? Se jeter dans la femme… Mais elle est rare… Il faut fuir quand on la voit car si elle aime, si elle déteste, elle est implacable. Sa compassion est implacable. Mais elle est rare.
Jean Giraudoux




