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On n’écrit pas comme on tire en l'air… On écrit au corps à corps, monté sur les étriers, sabre au clair !
Je vous écris de la cabine N°6

Le cargo sur l’horizon bleu, traçant sa route au pétrole et à la fatigue des hommes. La fumée grise des pipes, des cheminées et les dernières brumes de l’aube. Balancer par-dessus bord les vieux mots, larguer les haines, les mensonges pesants, … revenir à la simplicité, prendre conscience de l'admirable, du fulgurant... il y a quelque chose d’immensément grave à ne plus savoir goûter la simplicité…
Actualité : Terrasse Parisienne
Terrasse Parisienne... J’écoute, j’observe… conversations inutiles … baudruches boursouflées. Terrible sacralisation du rien dont on a fait le programme de l'humanité. C’est l’ornement du vide, l’aveu d’une fascination absolue du néant.
Je replonge dans ma lecture La nuit vieille d’Armel Guerne... Il faut battre le rappel des grands textes... échapper à la médiocrité, renouer avec la prose impérative...
L'exigence cette autre forme de l'orgueil !
Actualité : Les douces dérives autour de minuit
Soirée vodka... Nous avons accueilli la nuit avec quelques offrandes : livres, musique, amitié et alcool fort. Il y a des dieux à ne pas fâcher.
- "Celui qui se ment à soi-même est le premier à se sentir offensé". Dostoievski dans Les Frères Karamazov.
- "Mentir, c'est désespérer de soi". Jean-René Huguenin.
- La filiation comme un rebond...
- Dostoievski, Huguenin, c'est pur comme de la vodka blanche.
L'alcool réveille en nous des sentiments absolutistes. Dernières notes de Miles Davis dans Around The Midnight... Nous tenons la barricade encore quelques heures et guettons le jour le pied ferme.
... avec Pol Saint-Lazare
Les enfants gâtés sont des tueurs en série
Tout narcissique est d’abord un enfant gâté, un tyran. A l’âge de raison il devient tueur en série ou criminel de guerre.
La joie est une conquête explosive

Le bonheur ! Le bonheur ! Etrange étoffe sucrée, lourde et inconfortable. Moi j’ai toujours préféré la joie… ça sent le soleil, la légèreté instantané, la pureté. La joie, elle ne va pas au p’tit bonheur la chance, elle explose !
La lecture est une fièvre utile !

Il me semble très important de développer, aujourd’hui, l’insolence et la polémique, bref : l’écriture de lutte.
Dominique de Roux
Actualité : L'hiver bascule, décline, c'est l'heure de se perdre !
L'hiver bascule, décline. Il a voulu durer un peu plus que ce qu'autorisait le solstice. Mais il se dissout maintenant dans les verts qui explosent, les bleus, les ocres. Un besoin accru de chaleur marque tout. On allume de nouveau nos cigarettes au chalumeau et renaît la tentation d'un romantisme aux cheveux courts sous un air entêtant de La Traviata. On sent l'excès partout : le soleil éclatant et défié par le vent sec, le sang taurin des ferias, la féminité compliquée sous des robes simples, les rasades de Bardolino… La nuit et la tendresse urbaine sont enfin terminées. On abandonne les idées de naufrage et on est de nouveau ému par la mer… C’est l’heure de se perdre !
En attendant la prochaine déclaration de guerre...
A attendre l'ouverture de la chasse, le début de la saison de tauromachie, la prochaine déclaration de guerre, je constate que la guerre est ma vraie langue maternelle.
Actualité : 10 500 suicides de hipsters
Je me lève, je me lave, je me rase… « Je » est le personnage principal ! Ces actions sont les seules paresseuses de la journée. Les seules avouables sans travail préparatoire. Le reste est une explosion soudaine, éblouissante, caniculaire, comme un bon roman noir ou une tragédie grecque, qui sont de la même veine ancienne, instable. L'illusion théâtrale trompe toujours les naïfs. Les autres aperçoivent l’unité secrète se déployer. La femme, les fils y sont les acteurs avec les amis rares, la bastide et la mer … En face vous trouvez Dédé le Faux en comédien exubérant et en second plan quelques acteurs muets (les cadavres), des masques futiles accompagnés de dorures inutiles (les contemporains) et quelques urbains aux épaules effacées (les fantômes). Le charme, les rêves, les valeurs - j’en oublie sûrement- forment les chœurs armés de fusils mitrailleurs et d’espérances implacables.
Le théâtre est un terrain de jeu en phrases serrées, en péripéties intenses, en rafales claquantes, en fraternité, en coulées de sang nécessaires. Tout souligne l’héroïsme de notre personnage. Il y a l'action, la palpitation. On y croit. On a peur. On rit. On vit.
Il y a de moins en moins de spectateurs. Partis à la recherche d’effets spéciaux, pulsionnels, en rupture, ils choisissent le roman SF pour cultiver leur angoisse collective tout autant que leur abandon de la réalité.
Cette année 2015, on comptera en France 10 500 suicides.
Moi, tous les matins je me lève, je me lave, je me rase…
Actualité : Le pire quart, de minuit à quatre heures du matin.
Cadre : Nuit, vodka, sentiment absolutiste, cri de guerre !
Dialogue : … [Interlocuteur abasourdi]
Idée : Concevons une pensée nocturne pour les vocations animales.
Seuls les titans fermeront les brèches

C’en est fini de toute vie intérieure, l’homme moderne n’est qu’extérieur, apparence, bronzage, pulsions mégalomaniaques, sourire peroxydé, babillage. L’espace entier est occupé par cet extérieur. Tout y collabore : la mode, la doxa, la parodie sociale du bonheur, la conviction de la nécessité de l’autre. Le vide de l’apparence a rang d’existence. Avec la télévision ce vide se répand. Avec les transports il va partout et de plus en plus vite. La vitesse, le vide… et, en suspension, des baudruches philosophico-gourouesques biographées officiellement, des baudruches politico-publicitaires stampelisées, des baudruches sectaro-laïcardes télégéniques qui, comme des bouées, marquent les points de contrôle obligatoire. Pour filer la métaphore marine, si d’aventure quelques consistances venaient à perturber la course en boucle, des balises de danger, aux couleurs angoissantes, seraient exposées à la vue de tous : attention risque de naufrage, d’ancrage, de ne plus être dans la course. La machine est faite pour mettre en déséquilibre, pour prendre dans le flou de la vitesse, pour aspirer dans le vide du siphon. Elle satisfait une logique de la fuite.
Peut-être existe-t-il encore quelques résistances. Je veux dire des pleins, des vies intérieures… forteresses solides, navires ancrés. Mais la vitesse, le vide gagnent du terrain… Les pleins ne forment plus un front de résistance… leur force est discontinue, éparpillée, fragilisée, inaudible, donnant cette impression relative d’être au ralenti. La digue rompt par blocs entiers. Seuls les titans fermeront les brèches. Ils les colmateront de leur mémoire séculaire, de leur goût de l’aventure, de leur différence, de leur transparence, de l’exigence, de la clarté, de leur intériorité, de tout ce ciment qui s’oppose au vide. Ils briseront la danse macabre, la ronde infinie, paroxystique, stérile, vaine pour reprendre la semence de la Terre, la marche en avant...

En ivresse, je suis plus Malcolm Lowry que Charles Bukowski… je veux dire que je suis pour l’écriture qui sombre entre lumière et ténèbres, pas pour l’homme qui se démantèle. L’homme, je le préfère damné mais fier.
Actualité : Nous avons osé Twitter...
A l'abordage de Twitter ! le torpilleur s'appelle @TIgnota... il faut immédiatement allumer tous les boutefeux qui se présentent, s'accaparer l'espace, imposer son impérialisme, prendre corps en tout lieu, se mettre en évidence... Répondre à l'injonction conquérante et insolente : nous sommes de tous les combats !
Actualité : En attendant l'heure d'été !
Petit matin… ciel brouillé, café noir, serré, presque solide… sans sucre. La brume fait encore le trottoir. Les citadins se déplacent à voix basse, passent sous l’ombre des murs. Nul autre moment parle comme celui-ci de l'ennui des urbains.

J'ai des ambitions d'été, de plein soleil... des envies de rhum, d’exécutions et d'auteurs italiens.
L’homme politique contemporain, cet extrait mesquin de dictateur stalinien, d’arracheur de dents et d'antihéros est finalement bien fait à la bassesse du bulletin de vote anonyme : il est élu par des corbeaux.
Actualité : La mer, les touristes et les crabes
- "Oh, la belle bleue", criaient-ils, face au vent qui s'engouffrait dans leurs gueules béantes, se mêlant aux frites et aux sandouiches gras...
Ils étaient là sur le quai, ignares du grand large, des pêcheurs, de la solitude... agglutinés comme pour une répétition du feu d'artifice du 14 juillet.
Je me mis à rêver d'une grande vague profane pour balayer tous ces touristes venus voir la 'Grande Marée' comme ils visitent les basiliques... Une belle fulgurance assassine de la nature ! Aux crabes toute cette cohorte urbaine...
Qu'avez-vous à dire pour votre démence ?

Bien pire que la débauche des corps : la débauche des âmes...

Je ne suis convaincu que par les trajectoires extrêmes. L’homme, déjà père, au bras d’une femme complexe ou bien l’homme, solitaire, ascète, ermite. L’héroïsme rayonne dans ces deux destins.
Pudiquement on hésite encore à exhiber tous nos "Autres échos" sur ce blog. Chez nous, dans nos bibliothèques de combat, nous n'avons cependant pas hésité à placer la désespérance gaie de Céline à côté des nausées de Sartre, même si le caractère sordide de l’étreinte nous glace encore. Aujourd'hui, nous osons deux adresses : les sites de Thierry Marignac et de Bruno Deniel-Laurent ; en attendant la taureaumachie, le rugby, la chevalerie, les combats perdus de l'Histoire, la vitesse, les moto anglaises, madame de Sévigné au bras du cardinal de Retz et toute la littérature baroque.
La joie sombre écrasée par le soleil
Je suis de taille à assumer ce paradoxe crucifiant : je suis fait pour la joie sombre écrasée par le soleil, éprouvée au feu de la négation et carbonisée par excès de lumière.

Dans certains états d'âme, l'aventure violente est une conspiration ouverte contre le péril de l’ennui.

Mon esprit répugne à l’usage excessif de vocables prestigieux depuis qu’ils sont mis sous surveillance, estampillés monopole d’Etat… La liberté et l’égalité, par exemple, sont plus des chevaux de Troie que des chevaux de course. Je préfère aujourd’hui croire aux mots de chair et de sang, aux mots qui hurlent ; comme l'amitié, la famille ou le courage.
Les derniers poètes de la gratuité absolue

Les hommes de guerre sont de l’espèce qui se rase pour mourir. Ils croient à la rédemption de l’homme par la vertu de l’exercice et du pas cadencé. Ils cultivent la force physique et la belle gueule, s’offrant le luxe des réveils précoces dans les matins glacés et des marches harassantes pour la joie de s’éprouver. Ce sont les derniers poètes de la gratuité absolue.
Jean Larteguy
Actualité : Staline ne reviendra plus
05 mars 1953. Mort de Staline. Une nouvelle probablement sans importance aujourd’hui. Mais qui fait tout de même plaisir.
N'est-ce pas la part la plus excitante de leur beauté, cette fatigue amoureuse qui vitre et cerne leurs yeux et leur durcit un peu le visage.
Paul Morand
Actualité : La prolifération des berniques
Bansky à Gaza, c'est Leoh Ming Pei au Louvre, ou Marion Cotillard en Indonésie... l'installation définitive des berniques sur le corps du vieux monde.
Debout poète, foutons un joyeux bordel

Quelle immense tromperie cette politique pratiquée par des hommes tronqués qui ont été incapables de prendre en compte leur propre jeunesse, et qui se proposent d'imaginer celle de leurs enfants. Mais les enfants n'en font qu'à leur tête, roulent à pleine vitesse dans les contre-allées, ont de grands rires décontractés, taillent la vie à grands coups d'insolences ciselées, vont trop vite pour s'embarrasser d'un déambulateur.
J’ai dit tout le bien qu’il fallait dire de l'hiver, mais il faut qu'il parte.
Voici un peu de vent et de soleil : ce qu’on aimerait exactement être.
Frédéric Berthet
Actualité : Un jour au salon de l'agriculture
Ce ton que prennent les hommes politiques, identique qu’ils s’adressent aux hommes de la rue ou aux bêtes du salon de l’Agriculture, c’est celui des marchands d’esclaves.














