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Ligne de faille
En rupture de siècle !
En rupture de siècle !
Le bourgeois porte comme des rides la tristesse des villes de province vers 17h00, sagement habillé de son époque grise, costume fade et mal taillé. Petit être étriqué aux poches salies et collantes de cet obscène et perpétuel mouvement caché de décompte des pièces perdues au plus profond des plis de sa bourse. Affichant de détestables cravates criardes pour tenter d’accrocher, vers le haut, les regards accusateurs qu’il surprend, bienheureux finalement d’être aperçu, fusse dans sa pénombre. Abject personnage ne songeant qu’à sa maîtresse déclassée et son loto formant la part unique de ses songes.
Ne pas oublier de haïr immédiatement, définitivement, les aménageurs de territoire, ces idolâtres du goudron des voies stratégiques menant leurs percées inquisitrices jusque dans le plus profond de nos forêts, défrichant nos barricades de haies, abattant nos tours soudées dans le cœur des chênes séculaires et corrompant la source pure de nos rivières révoltées. Haïr ces fétichistes du béton, anéantissant les derniers retranchements de vie valeureuse, colonnes infernales vomissant ses soudards urbains, idéologues méprisables imposant leur lumière noire de décadence, leur mécanique glacée. Adossé à la mer, trouvant là l’ultime alliée hurlante et violente, guidé par le lierre vivace, nous reprendrons le chemin mythique de la sacralisation de nos terres, nous relèverons les pierres et les croix, nous traverseront la lande au pas pressé des galops, nous recouvrerons les môles d’humus fertile, nous rouvrirons nos chemins aux processions à coups d’estocs et de tailles, nous libérerons le cours des eaux qui minéraliseront à leur tour ce béton obscène. Race de granit et d’écorce, de mer et de ciel, nous poserons alors nos ronces en barbelés, nos bois en barricades, nos blocs de granit en citadelles. Le poète, le soldat, le prophète et le philosophe seront nos guetteurs tout au long de cette enceinte sacrée, éclairée de nos valeurs retrouvées. Autour, la mer, silencieuse, apaisée se tiendra à l’affût.
Le savant, le poète, le philosophe, le prêtre et le prophète.
La figure de l’intellectuel cristallise les notions d’immobilisme, de lâcheté, d’abstraction voire de perversion. L’idée de décadence n’est jamais très loin. Je regrette cet état, j’aimerais voir ces intellectuels, ces savants, ces lettrés ou ces précepteurs retrouver leur légitimité de Pères fondateurs. Cette ré-intronisation passe par une définition exacte de ce qu’est un intellectuel, ou de ce qu’il n’est pas. Administrateur, bureaucrate, clerc, normalien, polytechnicien, banquier, expert, cosmopolite ne sont que des excroissances de la plèbe, ils s’expriment sur la place publique. Il est faux de dire qu’est intellectuel tout ce qui accède à la une des journaux, à la chronique. C’est traquer le reflet de l’or dans les figures de chair bronzées des petits hommes de vanité. Le savant, le poète, le philosophe, le prêtre et le prophète trahissent leur fonction lorsqu’ils laissent parler ces scribes minuscules en leur nom. Pour être visible de la multitude, ils doivent parler du haut des môles, des stèles et de l’antique Agora, c’est la place qu’ils doivent retrouver. La phalange des légataires de ces Pères, bras armé de la reconquête, prépare la recouvrance impériale de cette civilisation.
Je vous parle du pauvre, pas du malheureux qui traverse un malheur, pas du marginal ayant choisit la crasse comme domicile croyant y voir un tonneau. Je vous parle du pauvre, celui d’à côté qui a élimé son gilet à force de coups de brosse et de colère, celui qui se bat les flancs si fort pour en faire tomber cette misère qui s’accroche à lui comme une gale, celui qui regarde perpétuellement son ombre couchée sur le pavé en disant qu’il prendrait bien sa place. Celui qui a gardé deux crocs pour défendre sa dignité, livrant les autres à la tenaille ou aux coups de poings, celui qui malgré tout vous rendra la monnaie de votre charité. Je vous parle de lui pour vous dire qu’il compte pour moi.
Jusqu’où aurons-nous la prétention de croire que nous sommes plus immortels que l’Egypte antique, Babylone, les prêtres Incas ou les rois khmers ? Nous voilà déjà à radoter notre petite histoire sclérosée. Dans nos derniers soubresauts ayons la dignité de laisser à la prochaine civilisation une terre fertile. Sachons disparaître cendres au lieu que fossiles.
Il y a un côté épuration dans la volonté de normaliser la pensée. Il faut être, protocole, pro-homosexuel, proxénète, pro-métissage, profiteur ou pro-juif. Une vieille odeur de délation, de milice morale, de peloton d’exécution encadre ce régime totalitaire. Moi je n’aime pas les prototypes qui rasent gratis !
Le rythme du pas qui bat le pavé est déjà dans le sang qui frappe la tempe. Fer rouge des insultes tourné mille fois, ivresse des froids tranchants et les mots fissurés lancés comme des caillasses. Voici qu'esclave ou colosse la horde se forme, ramasse le pavé maintenant descellé et brise la première vitre... Bat le tambour de la révolte !
Dans les aléas de ce siècle combien de valeurs essentielles se sont trouvées digérées dans cette gueule béante de la modernité mercantile pour en ressortir salies, viciées dénaturées, marchandisées, pour être mieux englouties par le politique qui, à son tour, les vomit, les éructe avec force de théâtralité obscène, de faux coups de poing sur la table. Il nous faudra tailler, sculpter, forger de nouvelles valeurs, dures comme des diamants, pures comme des icônes, qu’elles ne puisent plus être absorbées par ces hommes.
Les trois grandes idéologies de masse que sont le communisme, le fascisme et, dernière mutation misérabiliste, le tiers-mondisme, ne sont finalement que l’expression du peuple sur tout le spectre de ses petitesses, le bras armé de la foule. Le socialisme, le capitalisme, le conservatisme, le monarchisme, le libéralisme, le situationnisme et tous ces groupuscules minimalistes ne sont que les échoppes pignon sur rue de cette hydre géante. Les petits guichetiers du peuple dictateur !
C'est un défi homérique entre preux, une rencontre de duellistes au petit matin, un affrontement de colonnes d'hoplites organisées en phalanges se faisant face : c'est la puissance, la rudesse et la bravoure de la frontalité. En politique la victoire s'obtient de biais : c'est l'obliquité où il s'agit d'affamer la femme pour réduire les hommes au silence.





















