Ligne de faille
En rupture de siècle !
En rupture de siècle !

Si a quarante ans tu n’as pas imaginé une nouvelle civilisation justifiée par un absolu, tu as raté ta vie. Mais l’homme, tout préoccupé de lui, est souvent ridicule dans son imagination : une Rolex lui suffit !

Rien n’est beau comme une singularité, même un infime détail qui s’affiche avec orgueil différemment des autres. C’est une certaine forme de résistance, une manière souveraine de s’affirmer. C’est le panache de Cyrano, la crane téméraire du légionnaire, la dague glissée dans le bas d’une femme.
Nous reviendrons conquérir notre monde par les chemins buissonniers.

L’angoisse d’exister, voilà ce qu’a créé le monde moderne pour la jeunesse ! Et il s’est évertué à détruire tout refuge possible contre ce mal du siècle ; de la cathédrale à la famille, des valeurs à l’esthétique, du zinc des amis aux forêts sauvages. Rien n’échappe à sa furie barbare. Les témoins du passé - hommes, mots, vertus, œuvres - sont écartés, purgés, dénoncés, assassinés par les nouveaux prêtres exaltés du progressisme, enivrés de leur image, rongés de haine. Dans ce nouvel ordre rigide, nous glisserons le romanesque, la rêverie… nous y glisserons la fantaisie, nous lèverons l’excommunication de l’amour fidèle. Nous reviendrons conquérir notre monde par les chemins buissonniers.

En religion, je préfère les fidélités insolentes aux dévotions soumises ! Je suis un croyant frondeur, irrévérencieux, qui convoque Dieu, avec une familiarité rugueuse, au Bar de la Plage comme à l’autel. Et ce Dieu, je le veux allié de mes colères plutôt qu’un Dieu de catéchisme. Je crois avoir développé une certaine familiarité virile et ironique avec lui lorsque nous dialoguons sur les ruines du monde moderne. Certaines nuits, j’entends murmurer « J’attends, je reviendrai par vos fissures, par vos foudres, par vos fils et par vos filles ». Avec une prétention démente, je suis persuadé qu’un Dieu a entendu mes emportements et qu’il me répond !
Tutoyer, cette manière de trottoir

Tutoyer était devenu un diktat idéologique sur les boulevards soixante-huitards, comme il avait été décrété obligatoire par les sans-culottes en 1793. Il y de la fausseté dans ce « tu » exubérant : fausse proximité, fausse jeunesse, fausse décontraction, fausse liberté, fausse égalité. Il y a quelque chose de gênant dans son usage, quelque chose d’un entre-deux mondes lâche à force d’être relâché ; comme le pull sur les épaules ou le puffer sous le blazer. « Le “tu” entre étrangers, c’est-à-dire entre personnes qui devraient normalement se dire “vous”, est une sauvagerie déplaisante, un jeu avec l’éclat primitif, dirigé contre la civilisation avec insolence et impudeur… » faisait dire Thomas Mann à l’un de ses personnage de roman. En vrai, en France, c’est une manière de trottoir.
Un homme, un voyage, un sac, un hôtel, une nuit

Un homme, un voyage, un sac, un hôtel, une nuit : sublime promesse, tendue et dépouillée ; bref moment porteur d'offrande et de fardeau !

La liberté est bien loin de n'’être qu'un concept politique gravé ostensiblement sur les frontons des bâtiments officiels. Elle est essentiellement une forme poétique de l’existence, un état gazeux étranger à l’univers matériel, un royaume tempéré car imparfait, un appel du grand large.
Tout conspire au reniement des civilisations

Tout conspire au reniement des civilisations, à l’abandon des héritages, à l’effacement des humanités partagées, à la désunion des hommes et des femmes, à l’affrontement des générations, à la négation des notions communes enracinées dans la nature humaine. Puis, les esprits renoncent, les sensibilités se ferment. Les valeurs sont placées sous surveillance. On sent venir le mur des fusillés. On entend déjà les culasses qui claquent. Les dogmes brutaux s’installent. L’odeur de cendre rend l’air irrespirable. Dans ce temps-là, un cercle de résistances respire dans les interstices d’air encore pur : la famille, le clan, la bastide fortifiée, la terre. Leur seule réunion, lève un espoir de grandeur morale, de civilisation, dans ce chaos de destruction.
La transgression est le résultat d’un jugement, donc d’une limite. La transgression a une parenté louche avec l’éthique. Dans l’univers de la transgression, il n’y a donc pas de place ni pour le rêve, ni pour les utopies révolutionnaires. La transgression n’est ni accusation ni programme. C’est une inclinaison moderne vers le scandaleux, privée de l’inspiration du génie. Ainsi est né un nouveau genre très moderne, très normal.
Aujourd'hui, diner de barricade dans l'angle mort des quartiers populaires. Les vieilles hiérarchies sont branlantes, l'humain devient étranger à sa propre essence. La révolte est dans l'instant, nous allons renouer avec la beauté des commencements. Les barbares n’auront pas leur mot à dire sur la manière dont nous nettoierons leur sang quand nous nous serons libérés.
J’ai toujours été fasciné par les cheminements hasardeux, les tâtonnements incertains, les concours de circonstances et les rencontres fortuites, qui finissent par trouver la cohérence d’un tableau impressionniste et tirent un bras d’honneur au déterminisme.

Je suis passé d'un esprit de kiboutz à celui de réactionnaire baroque, pour terminer à la pasta all’arrabbiata. C'est dire si ma vie est pleine et riche !

Intuition palpable que pour protéger le monde, il convient de laisser prospérer un peu le Mal, la damnation de ses péchés capitaux.

Il me faut, à portée d’envie, une gare, un port, un aéroport, un chemin. Quelque chose de concret, une corne de brume, une odeur de kéro, un coup de sifflet, comme un coup de fouet, qui rappelle perpétuellement l'envie d’aventure, le pressentiment de passions à naître.
Je hais les ruines. Je ressens tout naufrage de civilisation comme un malheur personnel, j'ai l'impression de sombrer avec elle. Je suis tombé à Constantinople, puis à Königsberg.
Je m'obstine, chaque jour, à me convertir en homme, à ne pas me corrompre dans une vie vautrée de roulure.

Je n’aime ni les écuries, ni les chapelles ; leurs ambitions vaniteuses encombrées de certitudes, de la volonté de plaire. L’œcuménisme des confins, ces lieux brumeux où l’esprit s’évade dans le murmure d’âmes déchirées et de vigies héroïques, me tourmente.
Les aventuriers ont des airs d’exilés

Les grands aventuriers ont toujours des airs d’exilés, à errer parmi les êtres et les choses, rêvant toujours d’un idéal à conquérir.
Colère bruyante et joie tonitruante

Je n’aime rien de ce qui ondule, frissonne, et tremble. Non plus la poésie mouillée qui se débat doucereusement dans le romantisme des soirées brumeuses, lorsque même les feuilles mortes des saules ont des douleurs languissantes. Je n’aime pas le couchant sanguinolent, le sang rare des corps diaphanes, les nuages éphémères et les aspirations vagues. Je préfère la fichue colère bruyante, la joie tonitruante, le froid, le brûlant, la folie enivrée, les cramés.

A chaque éclipse je frémis d’un espoir incertain, d’une prière retenue. Et si c’était la fin de ce monde, le retour aux nuits sauvages !?

Nous allons devoir consacrer un certain temps à retrouver l’idée d’éternité dans cette société de l’éphémère.

Après la post-modernité, il y aura une rébellion de jeunes gens contre le matriarcat en pantalon et son relent de stupre et de luxure. Les femmes seront jugées pour haute trahison et désertion.

Je déteste notre époque, la passion y apparaît comme un égarement, la beauté comme une victime vouée aux lapidations.

Ca peut toujours servir de savoir comment saboter un pipeline... une révolution est si vite arrivée.
https://contretemps.eu/saboter-pipeline-entretien-malm/. Aux Editions La Fabrique.
La liberté n’est plus une passion

La liberté n’est plus une passion présente à la conscience de la jeunesse, comme elle n’est plus la voix d’accès à la vérité de l’existence dans le monde adulte. Que nous ayons fini par penser la question de la liberté en terme d’équilibre et non plus d’aventure, est un signe inquiétant de l’avancée de notre décadence.
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