TERRA IGNOTA Humeur et parti pris

Pneumatiques

Quelque chose de léger, un surgissement, une fulgurance.

Quelque chose de léger, un surgissement, une fulgurance.

Terra ignota bordee

Nous, nous cherchons des histoires !

 

Terra ignota bordee

Les enfants sages n’ont pas d’histoire... Nous, nous cherchons des histoires !

 

 

Une vie comme un roman

Terra ignota une vie suspendue au hasard

Je veux une vie comme un roman, suspendue au hasard, où je n’ai pas à argumenter.

 

Terra ignota a la lueur des cocktails

Il a froid, de très loin et depuis très longtemps

Terra ignota a la lueur des cocktails

Il a froid, de très loin et depuis très longtemps, peut-être depuis toujours ; il ne s’en souvenait plus. Un froid sans raison, étranger à sa volonté, traversant chaque saison détraquée, diffusant une chaleur raréfiée, grise. Et il sentait que ce froid n’attendait qu’un mouvement brusque pour le disloquer. Tout ça l’obligeait à mesurer chacun de ces gestes, chacun de ces sentiments, à la juste mesure du strictement nécessaire… pas plus, jamais plus… en avançant d’une nuit jusqu’à la nuit d’après, en se vidant de tout ce qui pouvait geler, jusqu’à la dernière goutte : sentiment, sang, réflexion, muscles. Je lui tends un peu de chaleur et c’est toute une peur qui s’empare de lui. Pathétique homme contemporain.

 

Terra ignota anne magill 1962 british painter never let me go tutt art 40

Les hommes qui rêvent

Terra ignota anne magill 1962 british painter never let me go tutt art 40

Les hommes qui rêvent poursuivent leur chemin qui n'est autre que celui que veulent le hasard, la bagarre, la mer, et les femmes. Ils sont justement persuadés qu'en cela consiste l'essence d’une vie aventureuse.

 

Terra ignota for gentlemen 1

Premières étincelles avant l'aurore

Terra ignota for gentlemen 1

Les solitaires seront les premières étincelles avant l’aurore. Excentriques en quête d’absolu, ayant abandonné toutes illusions tombées comme des peaux mortes, ils remonteront les chemins d’exil à la douceur salée du large. Ils entreront en dissidence avec un regard comme une botte de Nevers.

 

Terra ignota carte sur table

Carte sur table

Terra ignota carte sur table

En toute franchise... carte sur table !

 

Terra ignota elegance de la solitude

La solitude bien élevée

Terra ignota elegance de la solitude

Je crois l'élégance de l’ordre du privé, de l’intime. Elle consiste à se comporter de la même manière au plus profond de la solitude hivernale que dans la société. S’il devait en être autrement, l’élégance prendrait alors le nom de futilité.

 

Terra ignota acces reserve

Accès réservé

Terra ignota acces reserve

Certaines femmes sont éternelles comme d’autres sont de mars, de lundi ou de 17 heures. Celles de 17 heures sont dans la rue, au perron des hôtels qui louent une chambre pour une heure. Celles de lundi sont celles en tailleur dans l’ouverture de la porte de l’ascenseur. Celles de mars indiquent le printemps de la sève brute. Il n’existe que peu de femmes éternelles, elles sont pourtant les seules nécessaires pour rester humain, c'est-à-dire supérieur.

 

L’heure des grandes ombres

Il est fréquent que la solitude précède l'orgueil.

Terra ignota priere

Beauté grisante de la prière

Terra ignota priere

Ne t'attaque pas à quelqu’un si tu ne sais pas ceux qui prient pour lui.

 

Terra ignota de bruit et de fureur

De bruit et de fureur

Terra ignota de bruit et de fureur

Le passé :

- Et après ?

Le présent :

- Plus rien. L’avènement des sauvages.

Le futur :

- Alors, il faut retarder la mort par le bruit et la fureur !

 

Terra ignota bleu

Bleu

Terra ignota bleu

Trouver mon bleu, entre le noir et le blanc.

Terra ignota au plus sombre de la nuit

J’y ai vu une mise en scène

Terra ignota au plus sombre de la nuit

Si je dis : l’heure la plus sombre, en hiver, à quatre heures du matin en rase campagne. Je ne vois là aucune poésie. Et pourtant j’y ai vu une mise en scène où les mots avaient du mal à trouver leur place habituelle.

 

En chacun, la symphonie d'une tempête

Toute procédure est une insulte à l'intelligence. L’improvisation réclame un esprit vif.

 

Parfois, je me prends pour un verbe

Parfois, je me prends pour un verbe ou un mot. Plus rarement pour une phrase.

 

 

Tag la police aux fesses

Le secret d'une éternelle jeunesse

Tag la police aux fesses

Les graffitis muraux ne sont pas des œuvres d'art ! On ne retient ni glissement de plume, ni travail patient du burin et moins encore l’excentricité d’une palette. Mais j’aime furtivement cette insolence vandale, affranchie, éphémère, qui vient déranger les rues mélancoliques des villes de province après 19 heures, l’obéissance de leurs avenues propres et alignées, et les vieux qui promènent leur chien-à-crottes et leur avenir déçu. Et dans ce goût je n’arrive pas encore à discerner si c’est le poil à gratter qui me plaît où la démangeaison du bourgeois.

 

Terra ignota la tristesse moderne

La tristesse a de puissants défenseurs.

Terra ignota la tristesse moderne

Il y a des hommes nés pour la joie, d’autres trimballent leur modernité épuisée. La joie est offensive ! Mais la tristesse a de puissants défenseurs.

 

Terra ignota la mort suicide

L’orgueil, cette religion de suicidé

Terra ignota la mort suicide

Il s’était inventé un silence romanesque dans lequel il promenait ses incertitudes comme des plaies crucifiantes. Il ne savait pas que la tristesse était un vice. Il la croyait sentiment poétique et y glissait amour des femmes, littérature hussarde, narcose politique et croyances exotiques. Le problème des vices est que l’on peut honnêtement les prendre pour des vertus. La crispation du vice en vertu est d’ailleurs une monstruosité qui ravage le monde moderne. Lui était dévasté de ne pas distinguer l’humilité de la modestie, la charité de l’humanitaire, le pardon de la tolérance, l’idéal du raisonnable. Le grand vainqueur de cette confusion, c’était l’orgueil. Car il était devenu orgueilleux à force de tristesse solitaire. Et l’on sait que l’orgueil est un feu follet qui se radicalise en mépris, cette religion de suicidé. D’ailleurs, il défiait le canon lugubre de son Glock 21 avec une piété armée de tristesse.

 

Terra ignota face a la mer

Je croise les ruines de l’été

Terra ignota face a la mer

Je croise les ruines de l’été où s'agitent les dernières lumières malmenées par la pluie, la tempête et le ruissellement des vagues ; tous ces assauts d’automne qui viennent préparer la terrasse inhospitalière de l’hiver, sous un pin grandiose où s'amuseront les choucas. Et assis sur cette terrasse, alors que mon chapelet tournoiera encore dans les vents passagers, je viderai mon verre à la détestation des hommes perdus dans une errance sans astre et sans plus aucune croyance une fois leur soleil estival perdu dans les gris persistants.

 

Terra ignota 1976 mirrors in pilgrim mills loft

Consistance des souvenirs

Terra ignota 1976 mirrors in pilgrim mills loftPaquet de photographies non classées, bouts d’écriture, vieille malle repeinte, densité vénéneuse des cicatrices, miettes de mots, carcasse grinçante, toute une belle substance qui rayonne encore d’une impitoyable violence. Les souvenirs sont les premières traces de vie unicellulaire de nos émotions.

 

Terra ignota pacific

L'attente

Terra ignota pacific

L'attente, comme un tableau de John Register, où un homme, le front collé sur la vitre de la terrasse du port, voit venir le navire qui l'emportera bientôt avec les figures enfiévrées de ses rêves : l'aventure, l'inconnu...  

 

2015 legionnaire au bivouac by ivanov atanas

Club fermé

2015 legionnaire au bivouac by ivanov atanas

Têtes brûlées, aristocrates ruinés, amoureux déçus, soudards, idéalistes exaltés, demi-soldes oisifs et encombrants, enfants de malheur, âmes perdues, pêcheurs repentis, tous à la recherche d’une autre chance, d’une deuxième identité, d’une vie meilleure. Autant d'histoires personnelles, ayant abandonné le quotidien pour se confronter à l'histoire du monde. La légion, cet habile attelage hétéroclite, formé d'hommes étrangers si peu considérés, exprime une communauté de destin, d’histoire, qui s’affranchit des règles sociales de la société au sein d'une collectivité de fer. C’est un milieu en bande organisé, sans caste même s'il reste fortement hiérarchisé. La Légion reste le meilleur club du monde, où chaque membre a quelque chose en commun que personne d’autre ne peut avoir. A Moscou, à Paris, à New-york, avec de l’argent n’importe qui peut être membre de n’importe quel Club, sauf celui de la légion.

 

 

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La vertu ?

 

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Petite vertu, grande vertu : choix de putain et de politicien !

 

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La mêlée !

 

La mêlée

Certains sont entrés dans le rugby comme d’autres entraient en religion au temps des croisades : Il s’en suit une liste de martyrs mais aussi de saints et de renégats. Roger Nimier disait d'ailleurs, "l’homme naît mauvais, la société le déprave, mais le rugby le sanctifie".

 

Pourquoi êtes-vous si joyeux ?

 

- Pourquoi êtes-vous si joyeux ? me demandèrent-ils

- Par esprit de contradiction, de contrition et de conspiration !

 

Ludwig sander painting scuppernong vi 1965

Nous irons vers le soleil épuiser notre jeunesse

Ludwig sander painting scuppernong vi 1965

J'ai l'exigence impérieuse des étés flamboyants plongés dans l'immensité liquide sombrement bleue, lorsque la brûlure insidieuse des parfums modifie l'apparence de l'air. La révélation de la joie est l"écho de tout cela.

 

Ludwig sander 1965

 

Terra ignota lecture elmer nelson bischoff

L’instinct me pousse à l’indifférence.

Terra ignota lecture elmer nelson bischoff

L’indifférence, c’est ce qui sépare ma peau du reste.

 

Terra ignota nos belles villes de province

J'aime la manière réaliste des journées provinciales à peindre la vie

Terra ignota nos belles villes de province

J'aime la manière réaliste des journées provinciales à peindre la vie : leur vigueur matinale un peu triste sous la déchirure du soleil, leurs marchés débordants sous les halles, leurs zincs aux accents terreux, le visage des passants à la douceur des années 80 impensable ailleurs, la femme à sa fenêtre entrouverte, la pâleur précieuse et languide des soirées.

 

Crime and punishment photographed by lusha nelson 1936

Je connais des mots qui seraient prêts à témoigner contre moi.

Crime and punishment photographed by lusha nelson 1936Je connais des mots qui seraient prêts à témoigner contre moi. Et je me moque de leur condamnation car je doute de leur moralité et de leur sens lorsque je les vois se coucher lascivement dans n’importe quel papier, frémir sous toutes les plumes caressantes. Je n’ai d’estime que pour leur ombre, leur écho, leur odeur, leur reflet et leur résonance, où s’entend leur monde insondable, où ils s'écorchent d'un frôlement, où ils explosent d’une friction.

 

Terra ignota j apprends la vie

J’apprends la vie

Terra ignota j apprends la vie

J’apprends la valeur du travail auprès d’hommes qui allumaient leurs cigarettes avec des chalumeaux, qui brisaient la caillasse…

 

Terra ignota je me leve

Voilà le soleil ! Comme il monte, je monte aussi.

Terra ignota je me leve

J’ai l’instinct du soleil, ce bonheur épicurien, paisible, raffiné, aristocrate. Voilà le soleil ! Comme il monte, je monte aussi.

 

Terra ignota un jour de soif

En attendant la prochaine soif…

Terra ignota un jour de soif

Comme chaque matin de ces journées épaisses de bruine humide, l’homme rôdait sur la place, traînant ses yeux agités, son visage de nuit aux arrières salles bruyantes et insomniaques ; tournant autour du bar, certain d’y sombrer, aspiré par ce tourbillon. Dès 8h00, au lever de rideau, il entrait en scène, premier client, seul au bar, accoudé dans ses pensées, le zinc en miroir, l’homme prenait la pose en siphonnant un alcool fort à la mort de la nuit bancale passée solitaire, mouillée d’embruns et de bruine. A midi, les habitués complétaient le paysage sans que cela ne vienne perturber l’homme. D’écueils en galopins, de rouge en écueils, il poursuivait sa course quotidienne et périlleuse.

Lorsqu’il était entré, captivé par l’automne qui s’éternisait dans un ciel brouillé, l’homme était déjà à l’ouvrage ; un verre de rouge abrasif, certifié Vinexpo, dans une main à la fermeté surprenante. Lui, avait trouvé une table de bois en compagnie agréable d’un fauteuil de cuir tourné vers la place qui menait au port. Il se prélassait là, tranquillement posé sur l'aiguille des heures dont il n’attendait rien, plongé dans une douce ivresse conjuguée de vin, d’aventure, de clan, et de beau style ; calfeutré pour plusieurs jours dans la lecture, l’alcool. Il avait eu envie de regarder la mer comme d’autres se rendent à la gare ou suivent des nuages, pour s’offrir l’idée d’un vrai départ. Il envisageait de prendre pension dans un bel hôtel d’une station balnéaire de l’Atlantique où nul client ne s’aventure plus en basse saison. La grande baie vitrée de sa chambre s’ouvrirait sur le fantasme parisien de la pleine mer : océan, draps frais, vent léger.

L’homme le scrutait. Il s’en aperçut en croisant son reflet déformé par les fleurs de trempe de la vitre. Il interpella la serveuse, commanda un Chapelle d’Asseaune : vin égoïste, vin initiatique. L’idée du visage de l’homme s’insinua jusqu’à sa mémoire reptilienne qui gomma les rides, boursoufflures et cicatrices ; reformula la coiffure en quelque chose de plus propre. Il laissa le cerveau faire son travail d’analyse, de recherche et s’attacha à observer les choses plus légères. Il caressa du regard le verre  plein d’une philosophie coupable en se disant qu’aucun vin n’est totalement innocent. Il sourit. Celui-là était léger comme une lecture d’été, ne laissant aucun regret, juste une petite tristesse calme. Jeu d'épaule détaché, rehaussé d’un soupir, il regarda le pavé de la rue qui descend vers le port. Un pas féminin le détourna. Il suivit le mouvement de caméra qui se détachait des pavés pour respirer le déhanché à la grâce délicate protégée d’une simple ligne d’agrafes fragiles. La silhouette galbée baigna dans une lumière éphémère dont un rayon en contre-jour offrit un bref déshabillé indiscret. Il ferma les yeux comme quand on embrasse. Il chercha une très belle musique pour accompagner ce moment ; quelque chose d’italien peut-être. Mais le moment était passé.

Il se leva pour trouver son hôtel de bord de mer. Quel nom portait-il déjà ? Il envisageait tranquillement de passer par la promenade qui ne devait être fréquentée que par les rafales du vent qui se levait et les bancs vides qui lui semblaient tout à coup si étrangement familiers. Il se dirigea vers la porte dans un dansé qui ressemblait à un faux trébuchement, attrapa son épais caban, surpris de le sentir trempé. Il se sentait invincible. Il pensa se retourner pour offrir généreusement un sourire accompagné d’un geste arrondi vers le bas, comme une demi-révérence, à l’homme qui ne l’avait pas quitté des yeux tout au long de sa présence. Mais devant la porte, il se heurta au reflet de la glace, au reflet de l’homme mêlé à son propre reflet égaré. Il brisa la glace sans tain et l’armure éclatée lui révéla qu’il n’était que l’étrange délire de l’homme, son hallucination tremens, le reflet de la réalité. Il eut cette sensation d’excavation, de faille, de souffrance, que même un cri ne pouvait posséder.

 

Terra ignota nuque propre

Mes terribles certitudes inquiètes

Terra ignota nuque propre

Et je suis là, rasé de frais, le cheveu court, l’air grave de mes terribles certitudes inquiètes. Et voici que je m’interroge sur un simple frisson du vent, que j’écris sans destination précise.

 

Terra ignota au bord de la terrasse

Du vent de l’hiver il ne reste plus rien

Terra ignota au bord de la terrasse

Je vais m'asseoir là, sur la terrasse au bord de mer.

Le vinyle craque sous les notes de Chet Baker.

L’ivresse n’est pas venue. C’est pourtant une nuit à faire des feux d'artifice.

Tout me semble soudain si tamisé à l’ombre d’un soleil qui s’endimanche.

Du vent de l’hiver il ne reste plus rien à part quelques frissons.

 

Terra ignota long jours des grandes plages desertes

Les longs jours des grandes plages encore muettes

Terra ignota long jours des grandes plages desertes

Prolonger la belle saison des longs jours des grandes plages encore muettes d’avril.

 

Terra ignota tant qu a faire

Et tant qu’à mal faire

Terra ignota tant qu a faire

Avoir les haines enthousiastes, les insolences illégitimes ... et tant qu’à mal faire, être indifférent à leurs échos.

 

Terra ignota fragmentarisme 1

Pige certifiée à l’acte

Terra ignota fragmentarisme 1

 

Pour écrire, je prends au hasard, un fragment vraisemblablement authentique et personnel - pige certifiée à l’acte - que je confonds avec mes rêves.

 

Terra ignota sur un simple frisson du vent 1

A l’ombre des grandes canonnières

Terra ignota sur un simple frisson du vent 1

Plus personne ne se baigne à l’ombre des grandes canonnières, sur les plages froides de l’Atlantique.

 

Oh ! s’en foutre. S’en foutre, est une possibilité. Prendre quelques milles d’indifférence...

 

Mais voilà que le long des golfes bleus, contre le reflet clair d’une digue abandonnée à la nuit, j’ai vu une femme postée en sentinelle. Et il me plaît de croire que son parfum d'envolées animales n'exista que porté par un frisson venant des rives de méditerranée, où les femmes ont des fusils et méprisent les hommes qui ont fui.

 

08 mars 2016,

Canonnière « La Rebuffade »,

au large des côtes bretonnes.