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 Textes de Pol Saint-Lazare, Julius Falco, Louis-Marie Galand de Malabry - Copyright © since 2005

  • Les barques de naufragés

    Terra ignota lit raskar kapac 2

    Petit matin. Café noir, serré. La foule commence à gonfler le long des avenues qui coulent vers la Seine. Quelques personnes viennent s’échouer sur les tables rondes de la terrasse et m’imposent leur regard enfoncé dans leur gorge serrée, comme une bile de mélancolie. Je règle mon café et pars vadrouiller à contrecourant, libre de mon temps. J’entre dans une librairie. J’échappe au flot. Une belle femme racée remet à sa place un petit rat d’université agrippé à ses journaux, à son aspect convenu, à sa carte de réduction de professeur d’université qu’il brandit comme un Ausweis. On ne peut imposer de limite à la vulgarité bourgeoise. Elle, maintient son sourire comme une dernière touche élégante portée au rat qui s’échappe rive gauche, dans le flot. Je croise l'ombre acérée des beaux yeux sombres et vifs de cette femme qui, à elle seule, justifie Paris, l’amour, la beauté. Elle pose un journal grand format sur le présentoir de la caisse : «Trois euros madame !». Elle porte encore du sourire, une trace, une ébauche sûre, avant de quitter la librairie vers la rive droite. Immédiatement, elle paraît encore plus belle.

    Le journal de la belle inconnue se vend sous le nom de "Raskar Kapac". Huit pages sur papier élégant, vierges de toute réclame. On y parle d’un esprit tourmenté - Jean-René Huguenin - de rugby, de peinture. C’est une gazette, un N°1, une promesse. Prose colérique et provocante. Je souris en pensant à cette étrange complicité avec cet ancien mensuel Rennais, "Le Boutefeu", autre barque de naufragés que je feuilletais sur la terrasse du Picca les après-midi ensoleillés, à la fin de la longue saison amusante de l'âge ébouriffé.

    J’emporte le dernier exemplaire du journal. Ce sera ma lecture du soir, en écoutant « Feu ! Chatterton », un rock français, élégant, au langage châtié :

    «Madame, je jalouse

    ce vent qui vous caresse

    prestement la joue»...

     

  • Sécession pour l'exemple

     

    Terra ignota sans aristocratie

    Je suis las de vivre dans un pays sans aristocratie.

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  • Un âme d'écorcheur

    Terra ignota le secret de mon ame

    Je ne lis que des livres où les personnages sont des écorcheurs espérant confusément y trouver le secret de mon âme.

     

  • Un gallon ½ de sang pour toute fortune

    Terra ignota je me fous de votre monde

    Un gallon ½ de sang pour toute fortune.  Du muscle et des os pour la transporter, une peau pour la protéger, un cœur-tambour pour la distribuer. Reste une âme à inventer.

     

  • Toute révolution doit être esthétique

    Terra ignota grandeur et decadence 3

    Toute grande démarche doit contenir une part intransigeante d’esthétique. On ne fait pas la révolution en bermuda et en tongs.

     

  • Actualité : Ministère de l'égalité réelle

    Cette volonté toute vicieuse de faire croire en une égalité discriminante, sélective, législative, qui s'exprimerait en dehors du pays réel et serait mise en oeuvre par un ministère de la pensée équitable.

  • Ne craindre ni la sacralité, ni les sentiments.

    Terra ignota ne crains ni la sacralite ni les sentiments

    Le fond de mon enseignement consistera à te convaincre de ne pas craindre la sacralité et les sentiments, dont le laicisme de la société de consommation a privé les hommes en les transformant en automates laids et stupides adorateurs de fétiches.

    Pier Paolo Pasolini

     

     

  • Actualité : Moi je pense à Kawthoolei et je me fous du monde

     

    Terra ignota karen fighter by jpb 2

    Le 31 janvier 1949, les chrétiens Karens réfugiés dans les montagnes bordant le Siam s'élancèrent contre le pouvoir birman, à la reconquête des vastes plaines de l'estuaire de l'Irrawaddy. ... Ils fondèrent Kawthoolei, « le pays de la félicité », leur Etat. La suite de leur massacre se perd dans le silence des médias et sous les applaudissements des défilés drapés de rouge qui étaient à la mode dans nos universités germanopratines. C'est en écoutant aujourd'hui quelques nostalgiques communistes s'exprimer librement sur France Inter, dans les éclats de rire indécents des présentateurs, que je pense à eux, chrétiens d'Asie, affamés dans le tréfonds de la jungle. Ils se battent encore contre ce drapeau rouge dont l'occident post-68 n'arrive pas à faire le procès. Le monde s’en fout… et moi je me fous de ce monde.

    ... souvenir de Mae-Sot avec Pol Saint-Lazare

     

  • Actualité : NDFMPFV, ça pue le logo d'un service de police proto-soviétique

    Fascinant de voir avorter, et aujourd’hui euthanasier, sous le juste, le bon et le très sélectif sceau républicain… NDFMPFV, ça pue le logo d'un service de police proto-soviétique. Les Nouveaux Droits en Faveur des Malades et des Personnes en Fin de Vie, c'est la chambre des condamnés à mort sans témoin, la solution finale étatique : souriez, soyez digne, on va interrompre votre fin de vie ! Signé : la république reconnaissante.

    Foutez le camp de nos couffins et de nos lits de mort ! Nous n’y invitons ni gendarme, ni juge. Nous avons l’habitude tragique de la mort, comme celle du rite festif de la naissance. A l’heure du glas et des funérailles à visage découvert, nous mettons tout notre amour dans la prière d’adieu et notre rage dans les voceri qui sont nos chants de larmes, de rage et de colère. Quand vous entendez les sonnettes des enfants de chœur, contentez-vous de vous mettre à genoux devant le cortège… avec humilité si vous en êtes encore capable.

     

  • Protocole de solitude...

    Terra ignota pas assez de desert

    La France manque de déserts ; il n’y a pas assez de causses, de landes, de maquis ou de côtes sauvages dans notre pays et dans nos âmes. C’est triste un pays de macadam, de béton et de raison.

     

  • Il existe toujours des lieux inutiles où se perdre

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    Il existe toujours des lieux inutiles, sources d’imminentes joies de vivre, où l’on risque encore de se perdre d’être surpris.

  • 20XVI : l’heure des destructions profitables.

    Terra ignota xvi

    2016. Apprendre l’allemand ; apprendre à danser, parce que ça me rend heureux ; continuer à faire le tour de soi-même. Tout explorer, tout vivre, tout perdre aussi. XVI. La maison-Dieu, l’heure des destructions profitables. Faire peau-neuve.  Épurer le superflu, tailler à la hache ce qui est inutile à la poursuite de l’aventure. Se confectionner un kit de survie et s’enfuir se réfugier dans l’ombre, là où tout est permis et où le silence règne. La maison-Dieu précède l’étoile : des foudres divines naitront les prémices de l’Illumination. Être prêt.

     

     

  • L’exaltation colorée des bleus méditerranéens

    Terra ignota nicola de stael

    Nicolas de Staël est cette exaltation colorée, cette fulgurance épurée qui doute entre Van Gogh et Turner.

     

  • Actualité : Escale N43°23'56'' - E003°42'81°

    Reprendre mes lectures d'escale, d'attente, d'ancrage : Ultramarine de Malcolm Lowry, baroudeur alcoolique ; Le navire poursuit sa route de Nordahl Grieg et  Le Quart de Nikos Kavvadias. Me procurer Cargo sobre de Thierry Marignac. Leurs plumes annoncent la brume, les grandes tempêtes, le désir de départ, les escales avec ses bouges et ses dockers, l’alcool frelaté, le fantasme des itinéraires exotiques. Une envie de vie nouvelle, extrême, pour échapper « à mon sort de civilisé ».

     

  • Tentation

    Terra ignota rupture

    Il ne faut jamais se couper de l’humanité, car on risque dans l’éloignement de lui trouver des circonstances atténuantes.

    Albert Cossery

  • Qu'importe si vous avez peur !

    Terra ignota moins sage

    Je me fous du sang froid, le mien est bourré de nitroglycérine. Je me fous du sang bleu, le mien est pimenté. Je me fous du sang noir, le mien est blanc éclatant. Je me fous de mon sang répandu, il va vous submerger.

     

  • Actualité : Illusion moderne

    La résistance passive, cette illusion moderne de la révolte, mi peureuse, mi crâneuse avec un soupçon de mépris et de tristesse.

     

  • Nuit blanche au 37

    Terra ignota nuit blanche

    L’insomnie bâtarde, mi-cauchemar, mi-réelle, marchant dans les flaques de poésie, et les cafards. Heure du rapport des hommes en disgrâce, les yeux rouges, la tête ouverte à la gravité, les pas perdus, et ces violons en arrière fond qui portent des chants stridents dans une orchestration pour nuit blanche. Je ralentis encore le rythme pour faire croire au sommeil. Quelques pas se consument au loin dans la rue Sainte Victoire et laissent place aux vibrations infimes qui tombent sur ma peau froide. Je prends une pose nonchalante, souris de la persistance du métronome cardiaque, du sang qui coule dans la tuyauterie, du bourdon de la machinerie. Je mets ma cagoule noire de bourreau, faisant croire aux ombres à mon heure d’autocritique. Et lorsque, croyant le moment propice, cette saloperie de mélancolie sort de sa tanière noire, je l’exécute d’un coup de hache brutal ! Putain de traquenard ! J’écrase son exosquelette de cancrelat. Gicle son sang malsain, ses viscères d’ignoble rampant. Je chasse l’odeur fade d’un rire tonitruant. J’introduis la clarté, une petite flambée. Je reprends du souffle, me défais des ombres qui s’accrochent comme des débris. J’enfoncerais bien encore quelques aiguilles chauffées à blanc dans le corps disloqué du triste cadavre qui s’effondre à mes pieds. Je n’ai jamais eu la victoire magnanime. Je la préfère totale, exultante et sanguinaire ! Je décapite pour l’exemple quelques mots obscènes, crucifie quelques terreurs, fauche les champs lexicaux des lamentations, je pends les phrases de démission et de fuite. La faim revient, l’odeur de l’herbe humide également, par la fenêtre entrouverte où s’immisce l'envie de tout. Je fredonne inconsciemment une vieille mélodie aux doigts légers. La vie mérite ces instants d’ivresse. J’avais oublié toutes les preuves de la joie. Je les mettrai dans le barillet de mon pistolet pour le grand matin. Je plonge maintenant mon regard dans le halo naissant de l’aube : derrière la brume, soudain, la bonne humeur devant l'accablante beauté des yeux du matin. La joie est bleutée, saturée de possibilités.

     

  • L’indéniable supériorité du baroque sur le moderne.

    Terra ignota une vie accomplie

    J’ai maintenant l’endurance de plusieurs années d’existence pour pouvoir affirmer sans trop de nuances qu’une vie accomplie, comme dans un roman de José Giovanni, ressemble à une ferme fortifiée avec une femme authentique, une cavalcade d'enfants, des amis hauts en couleurs, des armes légères et du vin de Loire. L’indéniable supériorité du baroque sur le moderne.

  • Dehors il fait un temps de mort et de fureur.

    Terra ignota voeux 2016

    Certains hommes s’occupent, d'autres s’ennuient autrement dans un langage qui colle au monde. Dehors il fait un temps de mort et de fureur.

     

  • Disséquer le monde

    Affiche terra ignota code for victory x

    Disséquer le monde et le refaire à notre démesure !

  • Orgueilleux, je me voyais du siècle des barons

    Terra ignota Charger !

    Orgueilleux, je me voyais du siècle des barons, des brigands et des explorateurs, du siècle fort. Je rêvais d’espaces vierges à conquérir monté sur des purs sangs. Je chargeais aux côtés d’émérites autant que vertueux bagarreurs. Je ne voulais que d’étranges mots rugueux qui démolissent et des sabres qui tranchent sans autres pensées que celles de vaincre et bâtir. Je n'étais aucunement  prédestiné pour cette époque molle, fade, manquant de virilité et d'ardeur. Je n’étais pas prévu  sous cet angle où les inutiles guerres horizontales servent à éviter les saines révoltes verticales. Je n’ai rien à faire dans cette époque où l’on ne pense qu’à défaire. Je ne cautionne donc ni les soubresauts ridicules ni les idées vagues défendues par le monde ces derniers temps. Je vous demande d’ailleurs de prendre connaissance de mon message à la communauté internationale : je déclare officiellement mon indépendance. Et voyez mon orgueil comme étant la raisonnable récompense du maintien de ma dignité. Cette décision prend effet aujourd’hui à minuit.

     

  • Ça vous apprendra !

    Terra ignota il alluma une cigarette

    Le jour se lève, ça vous apprendra. 

    Jacques Rigaut

     

  • La vie n’aura pas à rougir de moi

    Terra ignota il termina sa cigarette

     

    Le taxi éventre la nuit. Une femme en surgit, brune incandescente, caligulesque, à la vulgarité rayonnante, prête à flirter avec le mal. Le mascara coule de ses yeux noirs et se mélange à la pluie. Le visage trafiqué comme un selfie sur instagram, des talons trop hauts, une jupe trop courte, elle annonce sans pudeur ses heures de fitness et ses hiéroglyphes tatoués au bas d’un dos bronzé. Il croise son regard triste comme une sonate inachevée. "Le regard des plus belles femmes est en ré mineur" pensa-t-il en allumant une cigarette. Lui trimbale la nuit entière dans sa pupille. Seul un éclat esseulé parait être en exil dans la rétine, au centre de toute cette ombre, comme un démenti du noir. Il examine furtivement son propre reflet dans une vitrine conciliante. Certains traits ébauchés sous les soleils ardents se creusent maintenant distinctement sur son visage.

    Au bout de l’impasse, la porte du bar est gardée par un chien de Fo sculpté dans la salle de boxe du quartier. A chaque nouveau client, elle s’entr'ouvre à peine et laisse sortir une musique puissante qui coupe la parole à la nuit. La femme s’y engouffre. Il entre à son tour après avoir terminé tranquillement sa cigarette.

    Juste en dessous de la musique, il trouve la parole, lourde, crachée, envahissante, grasse, de la foule amalgamée en contrebas. Une dizaine de marches le sépare de la marée dont le flux laisse s’échouer quelques hommes saouls sur les escaliers et le reflux dégage une essence faite d’excès de testostérone, d’odeurs rances de bière et de mauvaise virilité mêlée aux parfums féminins qui ne cachent plus l’aigreur suri des aisselles. Le bouge est tellement underground qu’il avait failli ne pas le trouver malgré les indications fournies par ces trentenaires à qui il avait demandé une bonne adresse pour passer la soirée dans cette ville qu’il ne connaissait plus. «Allez au Rezisto, à cette heure-ci il n’y a plus de terrasse, mais le sous-sol est très revendiqué ! ».  Il regarde maintenant le fond de la salle où trois Gudrun dansent presque nues devant un troupeau de taureaux menaçants afin de les subjuguer, telles des sorcières. Dans l’ombre, les expulsées attendent la fin du rituel, étudiant leur possibilité d’être reprises par les hommes en transe. Sous l’éclairage rouge du bar, posé sur le zinc, dos au mur, le buste de Staline a remplacé, depuis 1992, celui d’une Maryline warholienne. "Un don anonyme" dit le patron, content de l’aspect décalé de cette décoration. Une femme laisse glisser son haut en acrylique noir, monte sur le zing et offre symboliquement l’humiliante vulgarité de l’opulence du nouveau monde à ce salaud de Iossif Vissarionovitch Djougachvili dit Joseph Staline. Il règne une ambiance de noyade, de suicide et de reniement extatique. Toute eau profonde est froide, et la noirceur de cette profondeur n’a rien à voir avec la nuit indocile ou le goût de vivre.

    Il tourna le dos à ces illusions, négligea le charnier des regards entravés qui tentaient désespérément de se fixer sur ses yeux fauves. Sans n’avoir rien consommé, il remonta l’escalier. Dehors, il aspira une grande bouffée d’air, prit un pas lent pour se diriger vers son 4x4.  Il alluma le Motorola, régla la fréquence au-dessus des canaux réglementaires et dit d’une voix assurée : "carte blanche à l'insurrection". L’aube urbaine terminait de corrompre la nuit. Il monta dans le véhicule maculé de boue. "La vie n’aura pas à rougir de moi" pensa-t-il en quittant les lieux.

     

  • Refonder une civilisation de la Bastide fortifiée !

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    Trouver sa terre mystique, lointaine, comme de Roux avait son Portugal ou Monfreid son Ethiopie. Refonder une civilisation de la bastide fortifiée !

     

  • Minuit sonne toujours autrement qu'une autre heure

    Terra ignota la nuit des chats bottes

    La nuit tombe au loin, on entend minuit comme un bruit entre le passé et le présent, comme douze coups dans la nuit noire de l'âme. "Minuit sonne toujours autrement qu'une autre heure" assurait fermement Xavier Forneret.

     

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  • J’emprunte le rythme du froid

    Bruler la nuit 1

    J’emprunte le rythme du froid : feu, nuit d’automne. Cette atmosphère de blues propice aux raids sur les eaux douces amères des beautés que l'on réprouve : la langueur, la mélancolie, la démence.

     

  • Avoir du cran

    Terra ignota avoir du cran

    J’ai l’esprit taché de sang et la lame trop propre…

  • #LaBarricade

    Terra ignota la barricade

    Je me suis souvent demandé ce qui pouvait être à l’origine d’une vraie révolte. Je veux dire l’événement déclencheur, le boutefeu, la dernière goute d’essence qui, débordant, enflamme la première bouteille incendiaire. S’agit-il du coup de poignard incertain d’un audacieux fantasque, du sursaut du dernier asticot de la lente décomposition de l'empire, de l’élégante désinvolture d’une génération turbulente, ou la chair aimable de jolies victimes ?

    Toujours est-il que cette fois-ci, c'est par un simple hasard que cette barricade s’est improvisée au carrefour en bas de chez moi : je déménage. L’affaire n’a rien de prémédité. L’idée a surgi comme ça, à l’aube par un ciel dégagé, d’un bleu pâle de réveil. Quitter le malentendu de la ville m’a semblé être la seule aventure possible ; comme l’authenticité du désert s’impose à l’ermite. Si je dois résumer parfaitement mon état d’esprit dans l’urgence de quelques mots, je dirais : trouver une cabane sur les bords de mer et écrire l'ultime vers du dernier poète.

    Je me suis donc mis à vider mon appartement de sa surcharge pondérale accumulée à force de modernité. Le socle de « La Barricade », - appelons-là comme ça puisque c’est ainsi que les journalistes la nommeront dans quelques heures - est constituée d’un énorme frigo américain ! Seul, il n’a rien d’inquiétant avec ses rondeurs. Mais l’américain grassouillet a vite été entouré d’une collection de cartons de livres insignifiants, d’une télévision grand-écran, de la collection lave-linge, sèche-linge, range-linge, lave-vaisselle, mange-disque. Etrangement, sans que cela ne me surprenne vraiment, quelques voisins discrets vinrent y agréger leurs encombrants, si bien que rapidement la construction s’est frayée un chemin vers les pavés de la rue qui l’accueillirent ès-fonction. « Belle barricade parisienne », souligna un guide japonais en passant avec sa section d’appareils photos.

    A l’heure de l’apéritif, le patron du  Café du Fashion Commerce, haut-lieu de la politique de quartier et rendez-vous de quelques happy few artistiques, planta un panneau [Art éphémère – Modern Utility movment] et mit deux de ces jeunes serveurs androgynes à prendre des photos où sa devanture et La Barricade se partageaient le premier rôle. Dès le début d’après-midi la popularité du hashtag #LaBarricade trouvait un écho chez les artistes, les communautaires et autres suiveurs patentés.

    La Barricade fut à l’origine de ce que les promoteurs ont appelé : « la nuit des barricades.». Une soirée nationale qui commença vers 19h00, amalgamant le concept de la journée officielle des voisins à celui de la manifestation encadrée des indignés. Logotisée par une agence de pub, dans ce triste dégradé noir-gris-blanc, La Barricade devint étendard puis pancarte. Renoncement ultime, la presse titra : « La révolte est une performance comme une autre ». 

     

  • Actualité : Etat d'urgence

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    Si la guerre est possible, alors elle est en cours !

  • Se soustraire à la politique, rend apte naturellement aux hautes valeurs

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    Parler de politique revient à manquer de conversation. L'élégance, les bonnes manières et l'assurance devraient suffire à nous reconnaître.

     

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  • Me saouler au vin d’honneur et imposer le romanesque joyeux.

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    Je rêve de forêts de pendus, de collines de pals, de réverbères garnis comme des mâts de cocagne où gigoteraient tous ces sybarites mollement contemporains, sans aucune volonté pour se contraindre, aux épaules de pleutres coulant sur des omoplates avachies. Je veux massacrer ces diseurs de bonne aventure qui se soumettent, s’avilissent et se corrompent sous couvert d’une innocente débauche, prenant la certitude de la mort comme excuse de leurs reniements. Je veux me répandre sur la ville, concasseur de mâchoires, briseur de trêve, et imposer le romanesque joyeux d'un Athos membre de l'Ordre de la Jarretière et de l'Ordre du Saint-Esprit. Et là, me saouler au vin d’honneur ! Etre alors rayonnant de tortures, comme un homme !

     

  • Une alliance où rien ne tremble.

    Terra ignota amitie a la vie a la mort

    De l’Amitié : encore est-il que quelques-uns l’ont prise au sérieux jusqu’à en mourir.

     

  • Certitude du bivouac

    Terra ignota attente

    L’aube se traîne dans un café noir et la rêverie, sous une brume légère de cinq heures du matin découvrant en clair-obscur la clairière du bivouac. J’avoue un goût étrange pour ce moment qui, comme aucun autre, parle de solitude et de certitude en même temps.

     

  • La vérité de la peau, des os, et du sang répandu.

    Terra ignota ubi sunt leones 2

    Il y a un grand charme à renoncer à la douceur torpide de la ville de ses vingt ans dans le matin bleu, lorsque la lumière naissante est une promesse. A préférer l’orgueilleux instinct qui fait disparaître les dernières traces de somnolences et pousse les grands fauves à la belle mise en scène des conquêtes et du sang répandu ; à la vérité de la peau et des os, aux cicatrices ; et à la dernière tanière, quand tombe la nuit de fin du monde avec ses airs séducteurs.

     

  • Maintenant, j'ai une hache !

    Terra ignota seule solution la hache

    Le monde n'est que murs. Pour seule issue : la hache.

    Marina Tsvétaïéva

  • Avoir le monde en main et dans son salon caresser un chat.

    Terra ignota photo de willy ronis 1955

    'Il faut se méfier des réactionnaires qui n'aiment ni les chats pour leur insolence, ni les chiens pour leur fidélité.'

     

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  • De la poudre à l’encre

    Terra ignota par la poudre

    Il est toujours préférable de passer de la poudre à l’encre. C’est une preuve que sa jeunesse a été explosive ! Je trouve étranges ceux qui se construisent un désespoir avant de bâtir une vie.

     

  • L' atlas désinvolte

    Terra ignota geopolitique du chaos

    J’ai une conception romanesque de la géopolitique pour avoir été instruit entre un pistolet et une bibliothèque.

     

  • A la portée des hommes

    Terra ignota destin et dieu

    L’homme n’est capable que de hasard, Dieu seul offre un destin.

  • Revenir aux grands incendies barbares

    Terra ignota des pulsions comme des incendies

    J’aspire à la fureur des grands incendies qu’Attila allumait le soir après avoir décimé la population d’une ville pour avoir osé refuser lui ouvrir les portes au matin.

  • Ils arrivent, lui part !

    Terra ignota lui part

     

    Train, place fenêtre, la pluie remonte la vitre entrouverte. Il sent le vent froid. La vitesse floute le paysage proche et le transforme en code barre horizontal que la distance finie par engloutir. Les dernières lumières rasantes découpent l’air en d’étranges jeux d’ombres névrotiques. On rentre dans le tunnel. Bruit plus sourd, odeurs fades. Les oreilles se bouchent. Les secousses s’amplifient, se durcissent, les lumières s’éteignent. Les os grincent. Le cœur se crispe. Bruit de freins rouillés. Des cris ouatés mélangés aux crissements des ongles sur les tissus des fauteuils de première classe. Impossible à transcrire, un peu comme une angoisse glacée, élégante et étouffée. Le long glissement sur les rails qui vient courtiser l’imminence du danger. Les yeux perplexes des voyageurs. Les visages bleus qui se renvoient des regards déjà submergés.

    Un brasero rouge grandiloquent joue le rôle vulgaire de la lueur au bout du tunnel. Les odeurs et le vent et la nuit reprennent le rail cadencé.  Lui retourne à l'inventaire encombré de ses balafres, imbibé de noir. Il se déleste de ses derniers souvenirs dans le reflet rapide d’une flaque bleue, profonde et mélodique.

    Une voix grésille pour annoncer l’imminence du terminus et de ne rien oublier dans le compartiment. Les hommes remontent leurs ceintures, les femmes tirent sur leurs bas. Contrôle fébrile des poches, des sacs, des valises, des vestes, des manteaux, des peurs, des messages qui ordonnent déjà.

    Il se lève, laisse tout derrière lui. Il n'a aucun rendez-vous.

    Ils arrivent, lui part !

  • Actualité : Et la nuit était rouge de sang

    Oh ! dans l’air fané et fragile d’une nuit d’automne qui meurt, boire un alcool suave dans le crâne de mon pire ennemi, la main caressant avec nonchalance la toison rousse d’un lion repu ! Et dans le calme crépusculaire qui ne saurait faire totalement disparaitre une tension visuelle pour les alentours sauvages, goûter infiniment la violence de la nuit rouge... Apercevoir dans cet acte baroque, le goût si vaniteux de vivre.

  • Case 314 : Testament du siècle

    Terra ignota case 314

    Le futur :

    - Case 314 ?

    Le siècle :

    - En guise de testament, vous y trouverez quelques photographies. Chacune d’elles raconte un ennui charnel, une détresse à payer, une vie trop longue à assumer.

     

  • Finistère, 17h00, bar des Brisants

    Terra ignota bar finistere

    Finistère, 17h00, la marée étale est dérangée par le vol bruyant de quelques mouettes. Les nuages sont taillés droits et bas, comme une peinture de Maynard Dixon. C'est un temps à s'enfermer dans un bar avec des rêves de nouveau monde. Le bar des Brisants est un havre de marins capables de tenir un verre, l’ennui des escales, un coup de poing, sans broncher. J’avais justement besoin de liqueurs troubles, d’hommes perdus, de tension pour tailler mes espoirs à la dimension des rafiots rongés par le sel et les voyages.

    À la fin du jour, quand la chaleur du soleil sera définitivement apaisée, alors je descendrai au bord de mer prendre la température de l'aventure.

  • Hôtel Lutétia

    Terra ignota hotel lutetia

    Rien n’exprimait mieux la solitude que ce pianiste de l’Hôtel Lutécia à 17 heures en automne. 

  • Télégramme sans lendemain

    Terra ignota telegramme sans lendemain 1

    BOUTEFEU ATTEND FEMME FLAMBOYANTE ET AMI EXPLOSIF AUX ACCENTS DRAMATIQUES POUR ACTION UNIQUE, DECISIVE, DE RUPTURE – STOP - CONFIRME IMMINENCE DESTRUCTION MINISTERES CULTURE ET EDUCATION – STOP – PREVOIR LONGUE FARANDOLE SUR RUINES FUMANTES – STOP – PROMESSE DE MORT VIOLENTE, GRANDIOSE ET ROMANTIQUE – STOP - RENDEZ-VOUS MINUIT SUR BARRICADE – STOP.

     

  • Le gros cul des écrivains

    Terra ignota l encre et la plume1

    Auteur, j’aime bien ce titre. En littérature, il laisse entendre bien de choses que le mot écrivain masque derrière son gros cul. Faut-il souligner que ce nom est du même arrondissement que l’artiste – dans le 1er du dictionnaire s’il vous plaît - et qu’il peut être entendu comme auteur d’un crime ou auteur d’un écrit. C’est d’ailleurs cette ambiguïté qui me charme, quand on sait que le crime pourrait être d’avoir botté le cul d’un écrivain. Auteur de crime de lèse-majesté. Mais dans cette caste, j’avoue une préférence pour l’auteur de roman ou de romans selon l’inspiration. Cette particule donne un air aristocratique, dégagé qui convient à une certaine insolence.

     

  • La vie est une opération commando

    Terra ignota absolutely polemic1

    La vie est une opération de commandos. C’est une razzia sur l’amour, l’amitié, la tendresse, la bagarre, le pouvoir.

     

    F. H. Fajardie, la Nuit des Chats Bottés